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La solidarité est une arme

Publié le 27 février

En 1791 la loi Le Chapelier abolissait le vieux système des corporations de métier et interdisait aux travailleurs comme d’ailleurs aux patrons de s’organiser entre eux pour faire valoir leurs droits. La « main toute puissante du marché libre » était censée régler les rapports entre patrons et ouvriers.

Les ouvriers s’aperçurent très vite que en dernier recours l’état intervenait systématiquement en faveur des patrons et des propriétaires lorsque les conflits devenaient violents. L’état n’était pas
le juge impartial qu’il prétendait être. A l’origine du syndicalisme on trouve donc cette idée que les travailleurs ne peuvent compter que sur eux mêmes pour défendre leurs intérêts, qu’en aucun cas l’état qui par ailleurs dans tous les autres domaines prétend assurer seul la protection des citoyens, ne peut pas remplir cette fonction de juge équitable tout simplement expliquèrent les penseurs socialistes ou anarchistes du XIXème siècle par ce que la société est divisée en classes sociales antagonistes et que l’état, création des maîtres est au service de la classe dominante. La loi est au service des dominants, elle est faite par eux pour protéger l’ordre existant, pour faire en sorte que rien ne change.

Et c’est parce qu’ils avaient bien assimilé ces vérités, parce qu’ils n’attendaient aucune aide de leur ennemi, l’état que les premières associations de travailleurs se constituèrent en marge des institutions, d’une façon quasi clandestine. Elles se fixaient pour objectif de défendre les intérêts des travailleurs et de transformer radicalement la société existante, ces deux objectifs étant dans leur esprit indissociables. Mais pour remplir sa fonction principale, pour protéger l’ordre existant, l’état se doit de contrôler, surveiller et au besoin réprimer toute tentative de regroupement de personnes voulant réorganiser la société.

Profitant donc du fait que dés le début dans les associations ouvrières, des débats très vifs au sujet de la stratégie à suivre sont nés : à coté des partisans de la révolution sociale, certains voulaient simplement réformer la société, d’autres pensaient qu’il fallait y aller progressivement, par étapes, la plupart voulaient participer au jeu électoral, l’état s’est ingénié à mettre en place puis à développer tout un arsenal de lois qui sous prétexte de défendre les intérêts matériels des travailleurs ont abouti à les déposséder de leur liberté, de leur autonomie, de leur droit à décider seuls de ce qui les concerne.

Dans la fable de La Fontaine « le chien et le loup », le chien a échangé sa liberté contre une gamelle de soupe et une niche. En échange d’un repas tous les soirs, il doit supporter la laisse et le collier, il n’est plus libre. C’est un marché semblable que l’état a proposé aux représentants de la classe des travailleurs : « moi, l’état je vous donne des conditions de vie meilleures, la retraite, la sécurité sociale, le SMIG, le code du travail mais désormais vous accepterez d’obéir absolument à mes lois, à mes règlements. Mes règlements préciseront tout ce qui vous est permis et ce qui vous est interdit, les procédures que vous devrez suivre pour créer et organiser vos syndicat, vos modes de protestation et de lutte etc etc... Même la révolte est aujourd’hui codifiée, réglementée et le
moindre écart est instantanément sanctionné. La moindre manif est soumise à déclaration préalable à la préfecture, la moindre distribution de tract est surveillée, contrôlée etc

En acceptant ce marché, en acceptant que les règles formalisées et imposées par l’état définissent leur mode de fonctionnement, les organisations représentatives des travailleurs ont abandonné toute perspective d’émancipation. Ces organisations qui s’étaient fixé pour objectif ultime et essentiel le renversement du vieux monde capitaliste, la construction d’une société sans classes sociales, égalitaire et libre sont devenues les cogérantes du système en place, les partenaires de l’état et des patrons. Et comme dans tout bon partenariat, on a assisté à une répartition des rôles : à l’état les fonctions régaliennes (armée, justice, police plus quelques services publics,de moins en moins... ) ;
aux patrons la gestion de l’économie et aux organisations syndicales, la gestion de la classe des travailleurs.

Le système capitaliste est fondamentalement injuste,inégalitaire, anti-démocratique, mortifère
... Il génère donc en permanence de par sa nature même des sentiments de révolte, des envies de révolution chez les personnes les plus conscientes. Le rôle dévolu aux syndicats institutionnels va donc être de gérer au mieux ces populations, de guider leurs révoltes dans des impasses, de fournir des dérivatifs à leurs envies d’insurrection voire de révolution. Pour assurer au mieux cette fonction, pour prix de leur soumission et c’est également pour l’état une manière de s’attacher leur loyauté, ces syndicats se sont vu accorder nombre d’avantages sous forme financière ou de prestige. Participation aux instances dirigeantes de nombre d’organismes sociaux, gestion de comités d’entreprises, d’œuvres sociales, subventions multiples etc etc...

Les syndicats institutionnels participent à la gestion du système, leur intérêt réel se confond avec celui du système et leurs instances dirigeantes tirent de leur fonction des avantages matériels et de
prestige considérables. Pour vendre aux travailleurs, leur camelote, ils utilisent les mêmes arguments que n’importe quel commercial : les uns vont mettre en avant leur combativité, n’hésitant pas à se dire révolutionnaire, d’autres au contraire se prétendent réalistes, prônant les vertus du dialogue, tous se disent les vrais défenseurs des intérêts des travailleurs. La concurrence entre eux est formidable, aussi intense qu’entre des vendeurs de voitures. C’est que leur « rémunération » dépend directement du nombre de clients séduits par leurs discours, du nombre de voix récupérés lors des diverses élections professionnelles, de leur représentativité. Tout est bon pour séduire leur clientèle, pour attirer l’électeur.

En réalité, ils poursuivent tous le même but : masquer la réalité du système, détourner les colères populaires, construire le dogme qui affirme que le système actuel est le seul possible, qu’il est indépassable, que c’est ça ou la barbarie la plus horrible. Et en participant ainsi à la popularisation de ce mensonge absolu ( en réalité l’humanité a vécu pendant la majeure partie de son histoire sans chef, sans état et sans hiérarchie), ces organisations dévoilent leur vraie nature d’illusionnistes : ils entretiennent l’illusion qu’ils sont au service des travailleurs, et en même temps, ils nourrissent la foi religieuse irrationnelle de la population dans le système.

Pour briser ces totems, pour dissiper les nuages d’illusion qui emprisonnent les majorités exploitées, il n’y a pas d’autres solutions que l’usage de la raison. Ce n’est que par un lent travail d’éducation, théorique et pratique, que l’on pourra rendre aux populations soumises le goût de la liberté et la volonté de mettre un terme définitif à un système servile, odieux et au final suicidaire.

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