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Éducation et liberté

Publié le 31 janvier

Jacques Prévert disait « Je préfère les chats aux chiens, car il n’y a pas de chats policiers ». Mais il n’y a de chiens policiers que si on les dresse à le devenir. Pour ce faire l’homme a d’abord pratiqué une sélection artificielle dans l’espèce canine et créée des races de chien apte à ce travail, un caniche devient rarement un chien policier.

Mais cette aptitude ne s’exprime pas spontanément, c’est l’éducateur canin qui canalisera le caractère de l’individu pour obtenir le comportement voulu. Il est possible également de prendre un chien de ces races et de faire en sorte qu’il évite de courser des inconnus ni de défoncer des bagages, pour devenir un excellent compagnon de jeux.

Par contre, dans les deux cas - et à la différence de ce que vous pourriez faire avec votre voisin s’il était plus sympathique - vous ne spéculerez jamais avec votre ami canin sur l’avenir du climat, la mécanique quantique ou la dernière série à la mode. À la différence des êtres humains, on peut éduquer les chiens, leur donner des ordres ou des instructions, mais pas les instruire. Cette distinction est fondamentale, car elle délimite deux grandes orientations possibles de l’éducation humaine : celle de l’obéissance ou celle de la réflexion.
C’est une séparation qui a distingué par exemple dans la Grèce antique l’éducation spartiate de l’enseignement de Socrate. Depuis l’antiquité, on observera qu’un gouvernement tyrannique veillera par
ce biais à obtenir l’obéissance de sa population, alors qu’au contraire une société plus démocratique favorisera l’émergence d’une pensée indépendante.

Lors d’un récent entretien électoraliste une journaliste ramenait au régime de Vichy l’origine de l’expression d’instruction publique, quand son interlocuteur plaçait le curseur à Jules Ferry, le père de l’Ecole publique en 1880 [1]. Ils avaient tort tous les deux, l’acmé contemporaine du débat sur l’instruction publique s’est logiquement situé bien plus tôt, au moment de la Révolution Française quand se posait avec acuité la question suivante : À quoi bon donner la Liberté à des hommes et à des femmes s’ils demeuraient prisonniers du fanatisme et de l’ignorance ?

C’est à Condorcet, le dernier représentant des Lumières parmi les législateurs révolutionnaires, qu’il est
revenu d’y répondre avec des propos qui devraient encore aujourd’hui inspirer tous les amis de la Liberté.
La Constitution de 1791 avait posé une base « II sera créée et organisée une instruction publique, commune à tous les citoyens et gratuite… »

C’était court, mais Condorcet, précisément au sein du Comité d’instruction publique, va lui apporter tout un développement que je résume ici : une nation Libre doit apporter une instruction universelle et permanente pour tous ; elle doit être l’instrument privilégié de la libération de l’esprit humain et non le moyen privilégié pour un pouvoir d’asservir la pensée.
« De quel droit un pouvoir quel qu’il fût, oserait-il déterminer où est la vérité, où se trouve l’erreur …. Il faut oser tout examiner, tout discuter » (dans son Cinquième mémoire sur l’instruction publique). Pour Condorcet la condition nécessaire d’une connaissance universelle et de son progrès réside dans l’indépendance totale de l’éducation vis-à-vis de l’État. Pour qu’une collectivité soit libre elle doit être constituée d’hommes et de femmes libres et pour cela la transmission de connaissances ne doit jamais s’orienter dans le but de consolider un pouvoir ou une idéologie, mais dans celui de favoriser la liberté de l’esprit.

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