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Gréve à Mécachrome Toulouse, ou la légalité syndicale vs l’action directe

Publié le 2 juillet

À notre époque, les syndicats institutionnels sont de véritables intermédiaires, avec les organismes gouvernementaux, capitalistes et patronaux, au nom des travailleurs qu’ils prétendent représenter. Un travailleur syndiqué est lié moralement et légalement au syndicat à qui il donne ses cotisations mensuelles. Dans certains pays, anglo-saxons notamment, la syndicalisation est obligatoire, et fait parfois office de sécurité chômage (un ASSEDIC syndical), d’agence pour la recherche d’un emploi, et peut-être, d’autres fonctions plus larges et presque toujours avec l’accord officiel de l’état. Il fut un temps, c’étaient les travailleurs eux-mêmes qui décidaient de leurs nouvelles conditions de travail. Par leur vote en AG, ils pouvaient accepter ou rejeter des choix à faire dans leurs combats, avec un mandaté contrôlable et sanctionable à tout instant. Ils devaient faire attention aux répressions celle du patronat comme celle de l’état, qui souvent les obligeaient à la discrétion, voire à la clandestinité, c’était loin d’être une partie de plaisir.

  La « légalité »

Dernièrement à mon boulot, travailleurs syndiqués et non syndiqués, avons fait avec les syndicalistes sérieux et officiels une AG, pour diverses infos sur les négociations N.A.O- négociation annuelle obligatoire- afin de savoir ce qu’ils comptaient faire, quelles étaient leurs propositions, et faire savoir ce que nous autres en tant que salariés avions à dire et ce que nous proposons.

Nous nous sommes lancés (et lâchés) sur diverses propositions d’actions que nous pourrions faire ensemble. Mais nous nous sommes heurtés systématiquement à des remarques allant de « ce n’est pas légal », « c’est risqué », « on ne peut pas faire si », ou encore « on ne peut pas faire ça », toute forme de pression envers la direction se voyait sanctionnée par un « oui mais... », ; et pourtant ils avaient l’air d’en vouloir nos syndicalistes, mais leur légalisme, nous avions beau le savoir depuis longtemps, nous laisse quasiment toujours pantois.
Alors du coup, au renfort d’internet, notre ami, nous avons remis à jour nos connaissances afin d’être au clair sur ce qui est interdit et ce qui est autorisé pour le droit de grève. Il va de soi que ce qui est autorisé est noyé par une multiplicité d’interdictions qui servent le Patronat qui peut dormir tranquille.

Le figaro du 25 avril 2009, journal super sérieux et fiable en la matière, nous rappelle que pour faire grève, d’après eux, en théorie, il faut :

  • Dans le secteur privé,« Une cessation collective et concertée du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles » les grèves politiques ou « de solidarité » pour des motifs non collectifs ou non professionnels sont par conséquent illicites. Et que l’objectif de grève ne vise pas clairement la faillite de l’entreprise. Comme si les travailleurs font forcément grève pour le plaisir afin de couler la boite où ils vont quotidiennement gagner leurs vies ; les journalistes du figaro, sont parfois étonnants.
  • Il est également interdit de déclencher des grèves surprises, des grèves tournantes. Un préalable est obligatoire, celui d’un préavis de 5 jours, avec négociation préalable.
  • Interdiction pour les lycéens et les étudiants qui ne sauraient se mettre en gréve. (!)
  • Il est autorisé d’occuper les locaux (!), mais il est interdit d’en bloquer l’accès aux non-grévistes, ou d’installer des piquets de grève dissuasifs.
  • la violence est évidemment interdite - les coups, les séquestrations, le sabotage, le vandalisme-, le coupable de tels actes s’expose à trois types de sanctions : pénales jusqu’à 20 ans de prison, et 75 000 euros d’amende, pour une séquestration avec violence de plus de 7 jours, le licenciement pour fautes lourde, ainsi qu’au civil, il s’expose à devoir verser des dommages et intérêts pour réparation de préjudice.
  • On peut se retourner contre l’état si on estime les sanctions injustes, mais il est difficile de démontrer la faute de l’état.
  • Les grévistes peuvent être interpellés pour abus de droit de grève, seulement en flagrant délit, ou sans contestation possible sur le fait qu’ils sont bien les auteurs d’actes incriminés.

Ce n’est qu’un aperçu tiré du journal « le Figaro », qui est partiel et surtout partial et discutable, mais ça démontre bien que nos prétendues libertés syndicales sont bien encadrées, et que parfois ils peuvent s’ils en ont envie, nous sanctionner, et nous emprisonner, vu que dans la vraie vie, beaucoup de grève ne sont pas « légales ».

  La gréve est une gymnastique révolutionnaire

De nos jours, la société bourgeoise, considère comme gréve légitime, uniquement les luttes contre les suppressions de travail et les délocalisations à l’étranger. Ce qui sous-entend tout de même qu’ils n’ont jamais vraiment considéré cette seule et unique modalité d’action que possède le prolétariat, et la classe ouvrière en particulier, comme légitime, et ce, depuis toujours. La grève est un droit constitutionnel que la bourgeoisie daigne encore nous accorder pour l’instant.

Le seul droit dont nous disposons dans la région France pour cette pratique réside exclusivement dans l’arrêt total du travail, toute autre modalité est interdite (gréves perlées, gréve du zèle...). Et contrairement à ce que dit le « figaro » dans le privé, les salariés ne sont pas forcés de donner un préavis, la gréve est licite, même si elle n’a pas été précédée d’un avertissement, ou d’une tentative de conciliation avec l’employeur. Faire la grève implique un sacrifice sur son salaire, une perte proportionnelle au temps chômé. Ce temps doit être consacré à convaincre les collègues de prendre part à la bagarre également. Si ce combat doit durer, il est recommandable de créer une caisse de grève, pour pouvoir palier aux soucis financiers des travailleurs en lutte, ce soutien dépend forcément des dons récoltés à droite et à gauche, pour soutenir la lutte. Il ne parait pas nécessaire d’être syndiqué à une quelconque centrale, il suffit de ne pas être seul. Sachant tout ça, et nous n’avons que ça pour nous défendre, il faut bien trouver un moyen d’être victorieux, et là le légalisme intervient. Dans une AG de travailleurs en lutte, seule l’assemblée est souveraine et décide des modalités d’action, c’est à cette occasion que nous pouvons prendre le pouvoir sur nos vies, décider collectivement de ce qui nous semble bon pour nous et rejeter ce qui ne nous convient pas. C’est le moment où l’on peut évacuer les non-dits sur notre boulot, les désaccords et les polémiques y ont leur place, car il s’agit de dépasser nos divergences. Il s’agit de construire la lutte, et par conséquent trouver la stratégie qui nous convient le mieux, et élaborer nos propres positions. Les syndicats sont aujourd’hui intégrés au système capitaliste, ils ne sont que le porte-voix du patronat puisqu’ils sont totalement domestiqués, nous ne pouvons agir que collectivement en toute indépendance. Une AG où le syndicat prend (ou conduit, dirige, oriente) les décisions à la place des employés, est une AG qui nous est confisquée.

Alors, il est nécessaire de mettre à l’écart les partis politiques quels qu’ils soient de gauche comme de droite ou des extrêmes, lessyndicats officiels et autres vautours. Il est nécessaire de créer des coordinations entre nous et les différents secteurs d’activité en grève. De mettre en place un comité de grève indépendant pour faire vivre les positions de l’assemblée, constitué de travailleurs avec des taches vérifiables, contrôlables et révocable par l’AG si nécessaire…

Car il faut toujours être vigilant, surtout avec les faux amis, qui ne roulent jamais avec nous, mais constamment avec la légalité que le gouvernement impose, donc que le patronat impose. Dans la région France, il semblerait qu’il existe une forme de « démocratie » relative, qui permette l’exercice d’un droit d’expression comme la liberté de la presse, ou droit de se réunir et de s’associer, et ce, depuis longtemps.
Mais même les gouvernements « démocratiques » essayent toujours et constamment de restreindre et de réinterpréter ces textes avec des arguties juridiques, et il faut s’attendre, peut-être un jour, à une totale remise en cause de la grève qui est l’unique arme à peu près efficace que possède le prolétariat.

  Pour finir

Ce sont pas les syndicats et partis politiques de toute sensibilité qui protégeront les prolétaires contre d’éventuelles attaques politiques et sociales par le système, en place, toujours au nom de belle et noble idée de démocratie, d’écologie, de féminisme, de liberté des cultes, d’unité nationale, de nationalisme, de régionalisme, et autres marottes des bourgeoisies françaises et étrangères, de droite ou de gauche, qui servent presque toujours à nous faire avaler à chaque fois plus de couleuvres.

Les syndicats, ce sont eux qui ont sifflé la fin de la récré en Mai 68, et qui nous ont renvoyé au charbon à coup de pied au cul. Quand on fait une grève avec des syndicats institutionnels, il y a toujours la question de la légalité vis-à-vis de l’état, du système économique, bref de la bourgeoisie, qui elle seule écrit les règles du jeu ; dans ces conditions, nous perdrons toujours si nous ne dépassons pas cette vision super légaliste des luttes. La classe dominante a besoin de domestiquer le prolétariat, car il en va de sa survie. Parce qu’en même temps qu’elle accorde le droit de grève, elle l’encadre fortement et le limite. Quand on réalise une véritable grève qui se passe de toutes autorisations, ou les intérêts de la classe dominante sont vraiment attaqués, cette grève sera forcément toujours déclarée illégale, sauvage et antisyndicale, ce qu’elle est dans le fond., mais elle seule est émancipatrice et nous rend notre dignité de travailleur.

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