Syndicalisme : réforme de l’intérieur, possibilité ou mirage ?

, par admin

Cet article a été écrit par un compagnon de Tunisie et porte sur le débat qui agite actuellement les militants en Tunisie : faut-il essayer de « révolutionner » de l’intérieur le syndicat réformiste (UGTT ? Union générale des Travailleurs tunisiens) ou bien au contraire faut-il essayer de construire une alternative autonome, en dehors du cadre institutionnel et étatique ? Cette réflexion nous semble tout à fait pertinente en France aussi, où pourtant l’État est bien moins répressif qu’en Tunisie.

L’Union générale tunisienne du travail a toujours été une force centrale sur la scène politique et sociale tunisienne, mais elle souffre en même temps d’une contradiction fondamentale entre son rôle historique d’incubateur de luttes ouvrières et sa transformation en une institution bureaucratique calcifiée. La question centrale ici est : le syndicat peut-il être réformé de l’intérieur, ou toute tentative de le faire n’est-elle qu’une reproduction de la logique de l’État lui-même au sein du syndicalisme ?

 La contradiction fondamentale : syndicat ou institution ?

Le syndicat est né dans le contexte de la lutte contre le colonialisme et s’est ensuite imposé comme médiateur entre les travailleurs et les autorités à l’ère de l’État national. Cependant, au fil du temps, elle a cessé d’être un simple outil de lutte, mais est devenue partie intégrante de la structure institutionnelle de l’État, négociant au sein d’un système politique et économique qui maintient la domination du capital.
C’est ici qu’apparaît la contradiction principale : un syndicat qui est censé représenter la classe ouvrière, mais qui est finalement soumis à la logique de l’État, c’est-à-dire à la logique de la hiérarchie, de la représentation et de la négociation au lieu de la confrontation directe.

 Réforme de l’intérieur : possibilité ou mirage ?

Certains pensent qu’il est possible de réformer le syndicat en restaurant l’esprit de lutte en son sein, mais cette idée ignore la structure profonde qui le régit. De même que l’État ne peut être réformé pour devenir « horizontal » sans perdre son essence d’outil de répression, toute tentative de « démocratie » au sein du syndicat se heurte aux murs de sa bureaucratie inhérente, où chaque rébellion interne devient un nouveau projet de confinement. Toute réforme interne est, en fin de compte, une reproduction du même modèle avec de nouveaux visages.

L’alternative révolutionnaire : surmonter, pas réformer si le problème réside dans la structure elle-même, la solution ne peut pas être un patchwork, mais radicale. L’alternative ne réside pas dans la réforme du syndicat, mais dans son dépassement vers des formes d’auto-organisation des travailleurs : conseils ouvriers, syndicats horizontaux, structures indépendantes de toute représentation bureaucratique. L’action syndicale révolutionnaire ne peut pas être une institution officielle, mais doit être un mouvement dynamique qui rejette la logique de médiation et cherche à créer une véritable force ouvrière en dehors du cadre de l’État et du marché.

Vers un nouvel horizon pour l’action syndicale. L’insistance de certains à vouloir réformer l’Union générale tunisienne du travail revient à vouloir réformer l’État lui-même de l’intérieur : une illusion qui entraîne la lutte ouvrière dans le bourbier des réformes formelles. L’alternative n’est pas de recycler les mêmes mécanismes bureaucratiques, mais de construire des structures de lutte indépendantes fondées sur la démocratie directe et l’action collective.

La transcendance, et non la réforme, est la seule voie vers une véritable libération des travailleurs des contraintes de la bureaucratie et de la logique de l’État.

NC (Tunisie)

https://cnt-ait.info/2025/04/16/ugtt-reforme/