A PROPOS DE LA VIOLENCE DES JEUNES DES QUARTIERS POPULAIRES

Dimanche 25 novembre 2007, par cnt // Quartiers

Quand j’étais lycéen de Lycée d’Enseignement Professionnel (devenus depuis les LP tout court), dans les années 80, il existait déjà une certaine violence entre jeunes : bagarres entre bandes rivales et parfois même contre les profs. A l’heure actuelle, la presse semble découvrir cette violence (derniers en date, les événements de la Gare du Nord), du coup, ils nous reparlent des jeunes de banlieue avec toujours le même refrain : chômage, délinquance, désoeuvrement, etc., etc. Mais il existe une autre violence qui est beaucoup plus dure, c’est cette volonté de l’État d’isoler les jeunes des quartiers populaires.

La ghettoïsation des cités, c’est avant tout l’État qui la crée, avec ses flics, ses assistantes sociales, ses ZEP (Zones d’éducation prioritaire !), cette tendance à imposer, plus ou moins, des boulots précaires.

L’unanimité (ou presque) de la classe politique en faveur d’un durcissement de la législation (loi sur la sécurité quotidienne, plan Vigipirate renforcé, amendement restrictif sur la présomption d’innocence...) ne peut qu’être dirigé que contre les jeunes des cités, comme par exemple : couvre-feu pour les mineurs, interdiction de regroupement dans les halls d’immeubles, peines de prison aux fraudeurs des transports, sanctions financières et même pénales aux parents de mineurs "délinquants"... Il est évident que la violence des jeunes prolos est sans rapport avec la violence qu’ils subissent au quotidien.

Mais le mépris, les comportements injustes, racistes et provocateurs des flics, de la justice et des autres institutions de l’État révèle d’autres inégalités : l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi, à la santé...

Toutes ces inégalités sont d’authentiques violences que subissent les habitants des quartiers populaires. L’État, champion toute catégorie du double langage, utilise l’anti-racisme ("SOS Racisme" and Co) pour se faire passer pour le garant de l’égalité ; et, d’un autre côté, il met en application des idées réactionnaires, voire empruntées au Front national, pour asservir d’avantage les habitants des cités.

Les politiciens ont toujours l’excuse de l’insécurité, mais, en réalité, c’est bien une guerre de classes qui se fait insidieusement. Ces mêmes politiciens fantasment sur le concept de "tolérance zéro" de l’ancien maire de New York, mais ils se gardent bien de dire devant la population à quel prix cette politique a été appliquée, notamment au prix d’innombrables bavures policières, d’interdictions aux plus pauvres de séjourner dans la ville, un nettoyage social de tout ordre, ... en résumé, cette "tolérance zéro" équivaut à une criminalisation de la pauvreté.

On ne peut pas assimiler la violence entre pauvres et les explosions de révolte contre l’État. Contrairement à ce que prétendent certains "révolutionnaires", fétichistes d’un certain prolétariat, les révoltes de novembre 2005 étaient légitimes et surtout conscientes. Ces révoltes ne sont pas arrivées par hasard. Elles sont le fruit d’humiliations quotidiennes, et cela ne va certainement pas s’arranger sous le régime de Sarkozy. Lui et sa clique ont bien l’intention de mettre les banlieues populaires "au pas", en sortant toujours plus de projets de loi usant et abusant de la répression comme par exemple, les peines plancher pour les récidivistes. Avec elles, un petit délinquant, ou présenté comme tel, pour des actes très minimes, prend en direct plusieurs mois ou années de prison (exemple réel : un an de prison ferme pour récidive de détention de cannabis : le jeune en question avait 3 grammes de H sur lui !). Tout cela est digne d’un Videla ou d’un Franco !

Pour conclure, la bourgeoisie considère encore et toujours les classes sociales les plus basses comme "classes criminelles", et tout est bon pour ratatiner les jeunes des cités, du dénigrement ("Aucune conscience de classe", "Nouveaux fascistes", "Sauvageons",...) à la répression active.

Dans les années qui viennent, il y a aura certainement des révoltes de plus en plus dures, et il faudra se montrer solidaire avec les révoltés et tous les gens qui souffrent dans cette société.

Julien.