PANAMA PAPERS

Dimanche 17 avril 2016, par cnt // Economie

Vous n’avez pas pu passer à côté de cet événement. Si, en dehors de naïfs pathologiques, tout le monde sait (ou pour le moins soupçonne) que les riches et les puissants trafiquent, magouillent, détournent et escroquent,… les «  papiers » du « Panama papers » viennent d’en apporter une preuve de poids : 11,5 millions de fichiers récents du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialisé dans la domiciliation de sociétés offshore et autres montages plus que douteux, viennent d’être tirés du secret par des hackers.

Des fuites de documents similaires ont eu lieu depuis une dizaine d’année. C’est une succession de révélations qui ont impliqué le Luxembourg ou la Suisse par exemple. Mais l’affaire des Panama Papers est la plus grosse de celles mises à jour. Les archives du cabinet Mossac-Fonseca couvrent la période de 1977 à 2015. On est donc en pleine actualité.

« il n’y a plus de paradis fiscaux. »

nicolas sarkozy, 23 septembre 2009

Comme après chaque scandale, on va certainement nous promettre de «  moraliser » le capitalisme, ou du moins de lancer une grande opération « mains blanches »… La France vient dans la précipitation de remettre le Panama, sur sa liste des pays noire des paradis fiscaux… Elle l’en avait sortie il n’y a pas si longtemps, prouvant ainsi que ces décideurs soit sont des incompétents (s’ils ont cru au discours des banquiers panaméens) soit des corrompus.

Pour bien fonctionner, le capitalisme a besoin d’endroits qui, a des degrés divers, de la Suisse à l’Andorre ou au Panama offrent des systèmes fiscaux avantageux et disposent d’institutions bancaires des plus discrètes. Cela permet à ceux qui en ont beaucoup, de «  nettoyer » de l’argent très sale, de planquer des fortunes, d’échapper aux impôts.

Panama Papers ou pas, il n’y aura donc aucune moralisation à attendre. Mais ce scandale offre à tous ceux qui veulent lutter contre le système des arguments solides.

il y a deux façons de vider les caisses

On peut vider les caisses publiques de deux façons : soit en dépensant trop, soit en ne les remplissant pas assez.

Alors que toute la stratégie politico-médiatique dans ce domaine consiste en une attaque frontale contre l’excès (totalement supposé) de dépenses sociales sous toutes ses formes, on voit avec les Panama Papers qu’en fait, si les caisses sont vides, c’est que les plus riches refusent catégoriquement d’y verser leur contribution. L’ampleur de la fraude dévoilée (qui n’est, soyons en sûrs, qu’une partie minime de la fraude totale) montre que c’est là une cause essentielle du fameux déséquilibre budgétaire, prétextes à toutes les restrictions.

Quand à l’explication selon laquelle le niveau de pression fiscale serait en cause, elle est fausse. On connait la plainte permanente des plus riches : ils payent trop d’impôts. Si seulement la pression fiscale était plus raisonnable, nous susurrent-ils, ils s’en acquitteraient avec plaisir. Mais, comme cette pression est trop forte, soit ils s’exilent (le patriotisme a ses limites), soit, ils sont contraints de frauder. Le scandale des Panama Papers montre toute la vacuité de cet argument : les affairistes, les fraudeurs mis en cause viennent de tout les pays, y compris de pays où la pression fiscale est faible.

gardez vos leçons de morale

Parmi les personnalités attrapées la main de le sac, on ne manquera pas de relever le grand nombre de politiques, ceux-là même qui tancent en permanence les pauvres pour leurs exigences (alors qu’il suffit, d’après eux, de trois fois rien pour vivre) et qui lancent des «  chasses au fraudeurs », à la condition expresse que cela ne concerne que les fraudes de bas étage.

Sachons leur rappeler, et rappeler à leurs mandataires spécialistes en contrôles tatillons, que les principaux fraudeurs, ce sont eux-mêmes ! Qu’ils gardent pour eux leurs leçons de morale.

l’argent mondialisé du fn

Dès le dévoilement des premiers éléments des Panama Papers, la direction du FN s’est empressée de nier toute implication dans l’affaire. C’est sûr que, pour des démagos de cette trempe, toujours enclins à dénoncer la corruption des autres, ça ferait mauvais genre d’être impliqués là dedans. Ce qui fait encore plus mauvais genre c’est qu’on y retrouve le nom de Jean-Marie Le Pen. Il a, d’après la presse, sorti de France de grosses sommes d’argent en utilisant plusieurs réseaux dont le réseau pa-naméen. Quand au FN lui-même et à sa présidente Marine Le Pen, ses dirigeants nient en bloc avoir fait quoi que ce soit d’illégal. Quoiqu’il en soit, il est établi que des proches de la présidente ont fait sortir de l’argent par des montages complexes passant par Hong Kong, le Luxembourg ou Singapour, et tout ça géré par Mossack-Fonseca depuis le Panama. Si le montage est assez complexe pour brouiller les pistes, il fait toute la clarté sur une manière de gérer le capital du parti d’extrême droite, aux antipodes du projet politique de ce parti, lequel passe son temps à revendiquer un repli national et à dénoncer la mondialisation coupable, selon lui, de la déchéance de la France. Une mondialisation qui se révèle quand même bien utile quand il s’agit de « gérer » son patrimoine…