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	<title>CNT-AIT - Toulouse | Anarchosyndicalisme !</title>
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	<description>Site web de la CNT-AIT de Toulouse, organisation anarchosyndicaliste. 7 rue Saint-R&#233;m&#233;sy - 31000 Toulouse - 05 61 52 86 48</description>
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		<title>CNT-AIT - Toulouse | Anarchosyndicalisme !</title>
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		<title>ETAT &amp; SOCIETE
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&lt;p&gt;&#8220;La division majeure de la soci&#233;t&#233;, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre d&#233;tenteurs de la force, qu'elle soit guerri&#232;re ou religieuse, et assujettis &#224; cette force, la relation politique de pouvoir pr&#233;c&#232;de et fonde la relation &#233;conomique d'exploitation...l'&#233;mergence de l'&#233;tat d&#233;termine l'apparition des classes.&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Clastres, La soci&#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;Pierre Clastres
&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?mot86" rel="tag"&gt;article_a_111
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220;La division majeure de la soci&#233;t&#233;, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre d&#233;tenteurs de la force, qu'elle soit guerri&#232;re ou religieuse, et assujettis &#224; cette force, la relation politique de pouvoir pr&#233;c&#232;de et fonde la relation &#233;conomique d'exploitation...l'&#233;mergence de l'&#233;tat d&#233;termine l'apparition des classes.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Clastres, La soci&#233;t&#233; contre l'Etat, 1974&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quand changer de soci&#233;t&#233; et imaginer pour l'humanit&#233; d'autres futurs s'impose comme la seule issue v&#233;ritable ; alors, sortir du cadre &#233;troit d'une pens&#233;e format&#233;e par un ethnocentrisme r&#233;ducteur, regarder &#034;ailleurs&#034;, dans le temps et dans l'espace, r&#233;fl&#233;chir sur d'autres fonctionnements soci&#233;taux devient une n&#233;cessit&#233;. Non pas pour rechercher des &#034;mod&#232;les&#034; &#224; suivre, mais pour lib&#233;rer sa pens&#233;e de sch&#233;mas qui, bien qu'affirm&#233;s comme tels, n'ont rien de &#034;naturel&#034; ni &#034;d'obligatoire&#034;. Des sch&#233;mas qui enferment la r&#233;flexion et la cr&#233;ativit&#233; dans des limites tautologiques, qui portent &#224; reproduire toujours les m&#234;mes cha&#238;nes. Le travail de recherche remarquable men&#233; par Pierre Clastres sur les soci&#233;t&#233;s sans Etat (et m&#234;me, contre l'Etat) fait exploser quelques unes des id&#233;es re&#231;ues les plus fr&#233;quentes et les plus fortes sur le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s humaines. Nous en pr&#233;sentons ici un r&#233;sum&#233; r&#233;dig&#233; par un militant de la CNT-AIT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ethnologue, Pierres Clatres a &#233;tudi&#233; plusieurs soci&#233;t&#233;s d'Am&#233;ri-que du Sud : les Guayaki de la for&#234;t amazonienne, les Guarani, les Chulupi et les Yanomani. Certains &#233;taient des chasseurs-cueilleurs nomades d'autres des horticulteurs s&#233;dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux formes de pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour Clastres, ce qui fonde une soci&#233;t&#233; ce sont les relations de pouvoir (son &#234;tre politique), et ce qui distingue les soci&#233;t&#233;s entre elles, ce sont les modalit&#233;s de gestion de ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandes formes peuvent alors &#234;tre distingu&#233;es. Les soci&#233;t&#233;s primitives qui parviennent &#224; maintenir le pouvoir dans le corps homog&#232;ne de la soci&#233;t&#233; et r&#233;ussissent par l&#224;-m&#234;me &#224; d&#233;sactiver sa capacit&#233; destructrice, et les &#8220;soci&#233;t&#233;s &#224; Etat&#8221; qui ont laiss&#233; le pouvoir s'autonomiser, leur &#233;chapper et qui n'ont plus d'autres moyen pour pr&#233;server la coh&#233;rence sociale que d'user de coercition, de contrainte. Les diff&#233;rences entre soci&#233;t&#233;s s'&#233;tablissent par cons&#233;quent dans la fa&#231;on qu'elles ont d'aborder ce probl&#232;me du pouvoir, qui, lui, est la racine de la soci&#233;t&#233;. L'observateur part donc d'un constat universel - la vie en soci&#233;t&#233; et les relations de pouvoir sont le propre de l'homme - et explique ensuite les variations culturelles par un choix qui n'est plus de l'ordre de l'universel mais au contraire cr&#233;e des distinctions profondes entre les soci&#233;t&#233;s. L'&#233;tude des soci&#233;t&#233;s am&#232;ne &#224; exercer une regard critique sur les rapports de pouvoir qui animent la n&#244;tre et sur les pr&#233;jug&#233;s id&#233;ologiques qui l'impr&#232;gnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; d'abondance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donc &#233;tait organis&#233; cet anarchisme primitif, qui, au passage, repr&#233;sente plus de 90% de l'histoire de l'humanit&#233; ? On a tendance &#224; consid&#233;rer que ces sauvages vivaient en hordes mis&#233;rables, dans des situations permanentes de guerre entre eux et envers une nature peu g&#233;n&#233;reuse. En bref, l'affirmation la plus courante, c'est que &#8220;L'&#233;conomie primitive est une &#233;conomie de subsistance, une &#233;conomie de mis&#232;re malgr&#233; un travail harassant&#8221;. C'est pourtant l&#224; la premi&#232;re id&#233;e qu'il faut abandonner, car les donn&#233;es chiffr&#233;es prouvent que les membres de ces soci&#233;t&#233;s ne consacrent qu'au maximum cinq heures par jour &#224; un approvisionnement effectu&#233; sans fatigue. Ceci inverse notre vision &#233;conomique st&#233;r&#233;otyp&#233;e. Ce ne sont pas des soci&#233;t&#233;s de mis&#232;re mais, au contraire, des soci&#233;t&#233;s d'abondance. Evidemment, au vu des valeurs de notre propre soci&#233;t&#233;, il est extr&#234;mement difficile d'imaginer une humanit&#233; dont la pr&#233;occupation principale ne soit pas d'atteindre &#224; une rentabilit&#233; &#233;conomique maximale permettant de g&#233;n&#233;rer un surplus d'abord, une accumulation ensuite. Mais, contrairement aux apparences, il n'y a pas de paradoxe &#224; placer nos soci&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;ratrices de surplus colossaux dans la sph&#232;re de la raret&#233; et les soci&#233;t&#233;s dites primitives dans celle de l'abondance. Cette abondance &#233;conomique ne tient pas, comme notre culture nous inciterait &#224; le penser, dans une quantit&#233; importante de biens, mais dans une quantit&#233; r&#233;duite de besoins faciles &#224; assouvir. L'abondance de ces soci&#233;t&#233;s est tr&#232;s r&#233;elle dans la mesure o&#249; elle n'est pas fond&#233;e, comme c'est le cas dans un syst&#232;me capitaliste, sur un d&#233;bordement quantitatif imm&#233;diatement doubl&#233; d'une raret&#233; end&#233;mique et ubiquiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abondance est ici l'assouvissement des besoins de tous &#224; moindre frais ; dit trivialement : contrairement &#224; nos soci&#233;t&#233;s, celles-l&#224; ne connaissaient ni les morts de faim ni l'asservissement laborieux. Ainsi, ces peuples peuvent-ils jouir d'une abondance mat&#233;rielle sans &#233;gale - avec un niveau de vie que nous jugerions tr&#232;s modeste mais qu'elles jugent suffisant, d'autant que abondance n'est pas que mat&#233;rielle, c'est &#233;galement une richesse de temps (ce qui manque le plus &#224; un Occidental moyen !), de culture, d'&#233;changes sociaux, de loisir et de plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, les &#8220;sauvages&#8221; ne sont pas des incapables, leur &#233;conomie fonctionne tr&#232;s bien et leur laisserait suffisamment de temps pour produire davantage s'ils le voulaient. S'ils ne constituent pas de stocks, c'est parce qu'ils ne le veulent pas et non parce qu'ils ne le peuvent pas. Ils ne voient pas l'int&#233;r&#234;t de r&#233;colter plus qu'ils ne peuvent consommer imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des soci&#233;t&#233;s sans marchands&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Produire pour consommer signifie &#233;galement que le commerce est absent. Il y a donc &#233;galement une absence de rapport marchand, quelque chose que nous pourrions nommer comme une tendance fondamentale &#224; l'autarcie. Clastres interpr&#232;te l'id&#233;al autarcique comme un refus de la d&#233;pendance. Cette d&#233;pendance est induite &#233;conomiquement par le commerce. Il appara&#238;t alors que la structure m&#234;me de ces soci&#233;t&#233;s ne permet pas le d&#233;veloppement d'&#233;changes commerciaux et qu'elle est, au contraire, enti&#232;rement tourn&#233;e vers une &#233;conomie de consommation. &#8220;Les Sauvages produisent pour vivre, ils ne vivent pas pour produire : le mode de production domestique rec&#232;le un principe anti-surplus ; adapt&#233; &#224; la production de biens de subsistance, il a tendance &#224; s'immobiliser lorsqu'il atteint ce point&#8221;. S'il y a production de surplus, ce dernier n'existe qu'en vue de l'&#233;change. Le surplus est enti&#232;rement d&#233;pens&#233; dans un &#233;change ne d&#233;gageant pas de profits. Il est produit en vue de l'&#233;change et non en vue d'un profit d&#233;coulant d'un &#233;change. Il est consomm&#233;, vou&#233; &#224; dispara&#238;tre sans rien cr&#233;er. C'est en ce sens que le mode de production domestique englobe aussi bien les agriculteurs que les chasseurs-cueilleurs et que cette organisation est structurellement &#8220;anti-&#233;conomique&#8221; dans la mesure o&#249; elle est &#8220;fonci&#232;rement hostile &#224; la formation de surplus&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Clastres, la richesse ne sert pas de crit&#232;re de diff&#233;renciation entre les deux types de soci&#233;t&#233;s qu'il isole (soci&#233;t&#233;s primitives sans Etat et soci&#233;t&#233;s &#8220;civilis&#233;es&#8221; &#233;tatiques). Elle n'est pas totalement absente des soci&#233;t&#233;s primitives. Elle est le propre des chefs, ce qui ressemble, &#224; premi&#232;re vue, &#224; nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des chefs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour acc&#233;der au rang de chef il faut deux qualit&#233;s, celle de savoir parler et celle d'&#234;tre g&#233;n&#233;reux, de pourvoir son peuple d'une abondance de biens de consommation. Le chef ne peut le faire qu'en &#233;tant riche de ces biens. Cette richesse est le moyen par lequel il acc&#232;de au prestige. Son peuple profite de sa richesse et admire sa munificence. La richesse n'a donc qu'une fonction de prestige, et, en tant que telle, elle est purement ostentatoire. La seule utilit&#233; de la richesse se r&#233;sume &#224; une ostentation qui signifie pr&#233;cis&#233;ment la dilapidation de celle-ci au profit d'une valeur non-&#233;conomique : le prestige. Dans une soci&#233;t&#233; agricole, le chef cultive fr&#233;n&#233;tiquement son jardin, dans une soci&#233;t&#233; de chasseurs-cueilleurs il doit &#8220;&#234;tre un habitu&#233; des terrains de chasse et des bosquets d'arbres &#224; fruits sauvages, savoir pour chacun d'eux la p&#233;riode la plus favorable&#8221; et y mener le reste du groupe qui le r&#233;pudierait en cas de p&#233;nurie. Le chef &#8220;redistributeur&#8221; n'a qu'un avantage mat&#233;riel : celui d'avoir plusieurs &#233;pouses. Ces &#233;pouses sont &#233;conomiquement essentielles puisqu'elles sont la main d'&#339;uvre qui permet de produire plus que les autres unit&#233;s domestiques. La production de surplus est un privil&#232;ge du chef mais, d'une part, il n'en profite pas personnellement et, d'autre part, ce surplus ne lui permet pas d'exploiter d'autres membres de sa tribu (&#224; l'exception des &#233;pouses toutefois)..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s &#224; &#8220;big man&#8221; (en M&#233;lan&#233;sie c'est ainsi que les ethnologues nomment les chefs), les riches travaillent pour nourrir les pauvres, qui par d&#233;finition n'ont pas de biens, et qui, ne travaillant pas, profitent du travail des riches. La richesse provient d'un travail sans exploitation de main d'&#339;uvre. Le chef ne peut forcer personne &#224; l'aider. Les big man n'ont pas de pouvoir, ils n'ont que du prestige et c'est bien l&#224; le but de leur ambition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le big man occupe une place particuli&#232;re qui le distingue du reste de la soci&#233;t&#233; mais il ne commande &#224; personne ; il est respect&#233; et lou&#233; pour un travail que la communaut&#233; dilapide. La soci&#233;t&#233; ne laisse pas le chef prendre le pouvoir, elle ne fait que le flatter. Le pouvoir est certes le pouvoir de commander, mais il est aussi le pouvoir de ne pas &#234;tre command&#233;. Et c'est cette deuxi&#232;me option que les soci&#233;t&#233;s &#233;tudi&#233;es par Clastres semblent avoir choisie. Le prestige du chef s'articule au pouvoir d'un peuple s'exprimant par le fait qu'il ne se laisse pas commander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;mergence de l'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clastres pense l'&#233;mergence de l'Etat comme une rupture. Une soci&#233;t&#233; sans Etat ne peut en aucun cas donner naissance &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;tatique parce qu'elles sont structurellement diff&#233;rentes. Cette dichotomie tient &#224; l'inversion de la relation de dette, qui, aux yeux de Clastres, est la relation par laquelle s'&#233;tablit celle du pouvoir. Dans une soci&#233;t&#233; primitive, le chef contracte une dette par le prestige qui lui est accord&#233;. Il est alors oblig&#233; de rembourser cette dette. Il le fait en biens de consommation. Si le chef veut pr&#233;server son prestige, il est oblig&#233; de fournir les biens. Ainsi, l'ostentation, donne le premier rang au chef mais, en d&#233;finitive, c'est la soci&#233;t&#233; qui conserve le pouvoir de l'y maintenir. Le chef est soumis &#224; un &#8220;&#233;ternel endettement&#8221; qui le maintient sous le pouvoir de la soci&#233;t&#233;. Dans un monde o&#249; la richesse n'est que prestige, le rapport de dette (qui est la mat&#233;rialisation du rapport de pouvoir) s'&#233;tablit dans une r&#233;ciprocit&#233; o&#249; l'&#233;conomique est soumis au politique. C'est-&#224;-dire que ce qui pourrait appara&#238;tre comme une dette &#233;conomique du peuple &#224; l'&#233;gard du chef n'en est pas une. Elle est au contraire le remboursement de la dette que le chef contracte aupr&#232;s du peuple par son app&#233;tit de prestige. Nous avons donc une relation dans laquelle le chef contracte une dette sociale par rapport au peuple, dette qu'il remboursera par un moyen &#233;conomique. Ce type de soci&#233;t&#233; exclue &#224; l'&#233;vidence tout rapport de d&#233;pendance. D'une soci&#233;t&#233; contre l'&#233;conomie (puisqu'elle est sans surplus) on passe donc &#224; une soci&#233;t&#233; contre l'Etat. &#8220;En pi&#233;geant le chef dans son d&#233;sir, la tribu s'assure contre le risque mortel de voir le pouvoir politique se s&#233;parer d'elle pour se retourner contre elle : la soci&#233;t&#233; primitive est la soci&#233;t&#233; contre l'Etat&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s Clastres, dans les royaut&#233;s polyn&#233;siennes aussi bien que dans n'importe quelle soci&#233;t&#233; o&#249; la hi&#233;rarchie sociale concentre le pouvoir aux mains de l'&#233;lite, c'est l'inverse qui se passe. C'est le peuple qui est en relation de dette par rapport &#224; l'&#233;lite. Il doit verser un tribut contre une protection, qu'elle soit d'ordre religieuse ou guerri&#232;re. Cette inversion du rapport de dette g&#233;n&#232;re une concentration de la richesse et du pouvoir qui, dans les soci&#233;t&#233;s primitives, &#233;taient chacun &#224; un bout du spectre social. Dans les soci&#233;t&#233;s primitives, le peuple d&#233;tenait le pouvoir et le chef la richesse, dans les soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques la richesse et le pouvoir sont tous les deux aux mains des chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division en classes pr&#233;c&#232;de la formation de l'Etat&lt;br class='autobr' /&gt;
La division en classes pr&#233;c&#232;de donc la formation de l'Etat puisqu'elle lui sert d'assise. Or, le propre des soci&#233;t&#233;s primitives est d'emp&#234;cher absolument la formation des classes qui permettrait la captation du pouvoir par laquelle na&#238;trait l'Etat. Une soci&#233;t&#233; de classe ne peut &#234;tre issue d'une soci&#233;t&#233; sans classe dans la mesure o&#249; toute l'organisation des soci&#233;t&#233;s sans classe a pour but d'emp&#234;cher ce ph&#233;nom&#232;ne. &#8220;L'histoire des peuples qui ont une histoire est, dit-on, l'histoire de la lutte des classes. L'histoire des peuples sans histoire, c'est, dira-t-on avec autant de v&#233;rit&#233; au moins, l'histoire de leur lutte contre l'Etat&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'organise cette lutte ? Dans nos soci&#233;t&#233;s, le pouvoir appartient &#224; une classe politique qui domine le reste de la population, soit par des m&#233;canismes de contr&#244;le et de manipulation plus ou moins subtils (&#8220;d&#233;mocraties&#8221;) soit par la force brutale (dictatures). Dans tous les cas, l'Etat est l&#224; pour imposer la soumission au reste de la soci&#233;t&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cela que sert le monopole de la violence dont il a le privil&#232;ge. Par contre, dans les soci&#233;t&#233;s qui refusent d'&#234;tre dirig&#233;es par une classe politique sp&#233;cialis&#233;e et d&#233;tentrice de la violence, les d&#233;cisions ne peuvent se prendre qu'&#224; l'unanimit&#233;. Aucun organe n'est l&#224; pour g&#233;rer par la force les conflits que pourraient faire na&#238;tre des d&#233;saccords. Il faut alors que l'ensemble du groupe arrive &#224; une solution commune. Cette d&#233;mocratie directe n&#233;cessite une capacit&#233; de n&#233;gociation par laquelle le rapport de soumission est ni&#233;. Si tous le monde arrive &#224; la satisfaction, le groupe continue son existence sans qu'une de ces parties ne soit soumise &#224; l'autre. Si l'accord est impossible, une partie du groupe se s&#233;pare de l'autre. Cette scission &#233;vite de m&#234;me toute soumission Dans une soci&#233;t&#233; sans Etat le chef n'a pas le monopole de la violence. Son pouvoir est, par cons&#233;quent, non coercitif. Il ne poss&#232;de qu'un pouvoir de convaincre. La conviction apportant l'accord, il n'y a pas de m&#233;canisme de soumission. Cette absence de soumission est plus visible encore dans les cas o&#249; une partie du groupe d&#233;cide de scissionner. Cette prise d'autonomie n'entra&#238;ne aucune sanction. Par contre, dans une soci&#233;t&#233; dirig&#233;e par un Etat, la possession du monopole de la violence donne un caract&#232;re coercitif au pouvoir. L'Etat &#224; le pouvoir d'imposer, donc de soumettre. &#8220;Le refus de l'Etat, (...) c'est tout simplement le refus de la soumission&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Etat contre la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat en kidnappant l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233; et en garantissant son contr&#244;le par la division qu'il y induit &#8220;refuse par essence la soci&#233;t&#233; primitive (...) La division sociale [entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent], l'&#233;mergence de l'Etat, sont la mort de la soci&#233;t&#233; primitive&#8221;. Il y a donc contradiction entre soci&#233;t&#233;s primitives et Etat. Clastres interpr&#232;te cette opposition franche comme un refus conscient en vue de conserver la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semblerait que la tentative de r&#233;habilitation des soci&#233;t&#233;s non capitalistes ait attendu leur mort... et qu'on ne d&#233;couvre leur essence que depuis quelques ann&#233;es. Clastres eut la remarquable intelligence de montrer que l'absence d'Etat signifiait une libert&#233; qui nous fait &#224; pr&#233;sent d&#233;faut : les soci&#233;t&#233;s sans Etat sont des soci&#233;t&#233;s d'hommes libres tandis que nos soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques sont celles d'hommes sans libert&#233;. Ainsi s'inverse le rapport traditionnel de ces soci&#233;t&#233;s aux n&#244;tres. Sur le plan de la libert&#233;, de l'humanit&#233; comme du respect de la nature, ce ne sont plus elles qui sont en situation de carence par rapport &#224; nous mais bien l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://anarsonore.free.fr/spip.php?mot55&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour en savoir plus sur Clastres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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