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A propos de la propriété….

Publié le 10 avril

La devise de la république a beau affirmer : « tous les citoyens sont également libres », n’importe qui voit bien qu’il s’agit d’une escroquerie. Quelques exemples : le salarié est prétendument libre de vendre ou pas sa force de travail a un patron ; en fait il n’a pas le choix s’il ne veut pas que lui et sa famille crèvent de faim. Le riche et le pauvre peuvent également rêver des plages des mers du sud, en pratique le pauvre devra se contenter de regarder des reportages à la télévision (s’il en a une), le riche, lui, pourra se payer autant de séjours à l’ombre des palmiers qu’il le souhaite. On pourrait multiplier les exemples ; tous montrent que la liberté a à voir avec la propriété.

En droit romain, la propriété est le droit de pouvoir user et abuser des biens possédés et donc de pouvoir exercer une violence sur ces derniers. Le propriétaire est libre s’il le souhaite de détruire son bien, son pouvoir sur lui est absolu. Dans la république romaine, ce pouvoir était sans limite, le maître d’un esclave pouvait à sa guise le torturer ou le tuer. La liberté du maître était absolue, celle de l’esclave réduite à rien.

La liberté en droit romain (et donc encore aujourd’hui malgré toutes les lois qui le limitent) n’est en pratique qu’une conséquence du droit de propriété. Dans la société actuelle, la liberté d’agir d’une personne est fonction de sa richesse, plus une personne est riche, plus elle possède de biens plus elle est libre. Si dans la société antique, la survie de l’esclave dépendait totalement du bon vouloir de son maître (le pater familias romain avait également le droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants qui étaient sa propriété), en France aujourd’hui, le sans-papier qui n’est propriétaire de rien, pas même d’une
Identité légale n’a au regard de la loi pratiquement aucun droit, (il peut être expulsé à tout moment, ce qui est une sorte de mort civile).

Les personnes qui touchent le RSA, les chômeurs ou les salariés ont des capacités d’agir limitées au niveau de leurs revenus. À l’opposé, un milliardaire ou un dirigeant politique peut satisfaire à peu près toutes ses envies, leur liberté d’acheter, (et dans ce monde pratiquement tout est achetable) est presque sans limites. C’est bien parce qu’il est président de la république du Brésil, et donc en quelque sorte le propriétaire de ce pays, que Bolsonaro peut à sa guise détruire la forêt amazonienne ; c’est parce que Poutine se considère visiblement comme le propriétaire de la Russie et de l’Ukraine qu’il peut décider de détruire les villes ukrainiennes et massacrer leur population  ; ces sinistres individus ne font ainsi qu’user des droits de propriété attachés à leur fonction.
La crise écologique qui menace aujourd’hui les grands équilibres naturels (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité ...) n’est finalement que la conséquence logique du système capitaliste qui, sous prétexte de respecter le droit sacré de propriété, laisse des gens avides de profit détruire la planète à leur guise. La course à la propriété, la volonté de s’enrichir à tout prix sont devenus les buts essentiels dans notre société et depuis son plus jeune âge, chaque citoyen s’entend répéter que plus on est riche, plus on est libre, plus on est puissant, plus on peut être heureux. Être le plus riche, le plus puissant est donc pour les nouveaux maîtres le but ultime, la seule chose qui donne sens à leur vie.

Or pour s’enrichir, s’approprier des biens, il n’existe dans ce système que deux moyens : le travail et le vol. La différence entre les deux est que le premier est encensé par la morale et les bien-pensants et que le second est condamné et réprimé par la loi. Mais parce qu’elles donnent également accès à la propriété, ces deux valeurs sont les pivots de nos sociétés, celles par rapport à quoi tout s’organise. Les législateurs considèrent le vol comme une violence et la propriété comme un droit naturel et légitime. En réalité, les luttes générées par la course à la propriété, que ce soit entre les états, les nations, les communautés, les entreprises, les familles ou les individus, sont à l’origine de l’immense majorité des violences commises dans ce monde.

Malgré tout ce que peuvent raconter les défenseurs du système actuel, la violence qui caractérise notre société, que ce soit à l’encontre de la nature ou des personnes, est la conséquence du droit de propriété. La propriété est en soi une violence incroyable exercée sur le reste de la société. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que le droit de propriété qui est encensé par tous les moralistes génère des violences qui sont condamnées au nom de la morale. En société libertaire, la notion de propriété n’existe pas (elle est remplacé par celle d’user (et certainement pas par celui d’abuser puisque tous les biens sont communs, la société se doit de fournir à tous ces membres, les biens et les services dont ils ont besoin). La liberté n’est plus liée à la capacité de posséder, mais c’est celle de créer, d’entretenir (ou pas) des relations avec les autres membres de la société (construire des situations), la réussite dans la vie n’est plus liée à la quantité de biens qu’on s’approprie, mais à la qualité des relations que l’on tisse avec les autres. Les violences générées par la course à la richesse n’ont plus lieu d’être, car cette violence est inhérente au système de propriété.

Peut-on abolir ce système sans recourir à la violence ? Il est évident que cette transformation est liée à la construction d’un rapport de force et la construction de ce rapport n’implique pas nécessairement un passage par l’usage de la violence. Pour qu’une société véritablement libertaire se créée, il est absolument nécessaire qu’une forte proportion de la population pense qu’il est possible, qu’il est souhaitable de la construire, et que ça vaut la peine de s’engager pour cela. Un lent travail d’éducation est obligatoire avant d’arriver à ce but. Mais d’autres avant nous ont entrepris cette démarche et l’archéologie et l’anthropologie nous montrent que des populations ont su à diverses époques et encore à l’heure actuelle abandonner des projets de sociétés hiérarchisées pour revenir à des systèmes beaucoup plus égalitaires, plus justes, non hiérarchisées.

Voir les ouvrages : « Au commencement était... » de david Graeber et david Wengrow ou les livres de J. C. Scott : « Zomia » de C.Macdonald « l’ordre contre l’harmonie »....
L’espoir demeure, à nous de le faire vivre.

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