De la guerre et des anarchistes russes...

, par admin

Un texte de mise au point de Viatcheslav Azarov, d’Odessa
https://azarov.net/comprehension/practic/382-war-and-anarchists.html

 Pour le deuxième jour consécutif, les médias regorgent d’articles sur la mort de l’artiste ukrainien David Chichkan, tombé au front. Fidèle à la règle « si on ne parle pas bien des morts, on ne parle pas du tout », je dirai simplement qu’il repose en paix ; il a défendu son pays jusqu’à son dernier souffle. Mais, excusez-moi, l’anarchisme n’a rien à voir avec cela, même si la plupart de ces articles insistent sur ses convictions anarchistes. Et je ne vous mentirai pas, sa fresque de 2023 à Zaporojye, représentant Makhno sous le drapeau national ukrainien, m’a profondément indigné.

David Chichkan ( 15 April 1986 – 10 August 2025)

David Chichkan était dans sa jeunesse un militant anarchiste, et également un artiste reconnu en Ukraine,
Militant anarcho-syndicaliste convaincu et anti-autoritaire dès 2010, il été membre du Syndicat des travailleurs autonomes (ATS) de 2010 à 2016.

Dessin de David Chickan de 2014 représenant à gauche les principales organisations anarchistes ukrainiennes et russes (dont en bas la KRAS-MAT / AIT) , face aux organisations fascistes et nationalistes ukrainiennes et russes.

A partir de 2014, il était membre de l’organisation libertarienne Arc-en-ciel noir. Il a fondé le Club libertaire de dialectique clandestine (LCUD) en 2014, une initiative de recherche examinant l’influence de l’idéologie de droite en Ukraine par le biais de l’art. Son activisme était indissociable de sa pratique artistique, l’art étant pour lui un outil essentiel de transformation sociale.

En haut les anarchistes : le pouvoir pour personne, en bas à gauche les nationalistes ukrainiens : pouvoir social-nationailste, en bas à droite les nationalistes russes : pouvoir national-socialiste
En 2016, Chichkan a exposé des œuvres retraçant l’histoire du mouvement anarchiste ukrainien. L’une d’elles, intitulée « Vengeance », mettait en scène la responsabilité de Symon Petlioura dans les pogroms antisémites perpétrés durant la guerre d’indépendance ukrainienne, suivie de son assassinat à Paris en 1927 par l’anarchiste juif Sholem Schwarzbard.

En février 2017, il organisa une exposition intitulée « Opportunité manquée », qui présentait l’Euromaïdan comme une révolution sociale avortée et critiquait les politiques nationalistes et anticommunistes du gouvernement post-révolutionnaire. Il rejettait alors avec force aussi bien les nationalistes ukrainiens que la dictature russe poutinienne.

Slava novapossia (vive la nov’russie), slava Ukraini (vive l’Ukraine), vlast russkiim (pouvoir aux russes), vladu ukraintsiam (le pouvoir aux ukrainiens)

Ce qu’ils veulent (vive l’Ukraine, vive la Nation, l’Ukraine aux ukrainiens, l’Ukraine c’est l’Europe, le pouvoir aux patriotes, le pouvoir au peuple, pour la nation sans corruption, ...)
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 Ce que nous voulons (révolution sociale plutôt que nationale ; bienvenue aux réfugiés ; Tout, pour tout le monde, ici et maintenant ; retrouve toi dans la lutte de classe ; contre la morale de l’église ; pour l’égalité des sexes ; l’humain avant tout ; égalité liberté anarchisme  ; tous différents, tous égaux ; le pouvoir à personne, sans autorité pour tous ; contre le patriarcat, contre le capitalisme, contre le nationalisme ; ni dieu, ni seigneur, ni nations, ni frontières ; pour un transport : écologique, sûr, gratuit ; pour la médecine et l’éducation : gratuits, accessibles au public et autogérés ; Mettons fin à l’arbitraire du ministère de l’Intérieur et du Service de sécurité d’Ukraine ; Nous luttons localement sur le lieu de travail ; liberté de réunion pacifique ; L’État est l’ennemi de l’homme, l’ennemi du pays.

соціальна революція заміцтс національної , вітаймо біженців, усе, усім, тут і зараз ; знайди себе в класовій війни ; проти церковної моралі ; за гендерну рівність ; людина понад усе ; рівність свобода анархізм ; вці різні, всі рівні ; владу нікому безвладдя усім ; проти патраіархату, проти капіталізму , проти націоналізму ; ні бога ні пана ні націй ні кордонів ; за транспорт : екологічний, безпечний, безкоштовний ; за медицину і освіту : безкоштовний , загальнодоступні і самовріадні ; зупинимо свавілля МВС і СБУ ; борімося локально на робочих місцях ; свободу мирним зібранням ; держава - ворог людини, ворог країні)

Les enfants victimes de l’endoctrinement idéologique militariste nationaliste

 L’exposition fut la cible d’attaques de la part de militants d’extrême droite, qui accusèrent Chichkan de « séparatisme » et de sympathies pro-russes. Les agresseurs détruisirent les œuvres de Chichkan et taguèrent les murs ; les images de l’attaque, filmées par une caméra de surveillance, furent largement diffusées dans les médias ukrainiens.

Le travail artistique de Chichkan s’étendait à l’aquarelle, aux affiches, aux installations, au street art, à la performance et aux œuvres textuelles, employant souvent un langage visuel audacieux et anti-élitiste, rappelant les affiches politiques destinées au grand public.
Son imagerie mêlait des motifs folkloriques ukrainiens, tels que la broderie et les costumes traditionnels, à une géométrie moderniste.

Dès le début le début de l’invasion de l’Ukraine, il abandonna ses principes anti-étatiques et anti-nationaliste, pour participer à l’Unité nationale derrière l’armée ukrainienne. il contribua à apporter sa notoriété et ses talents artistiques au projet d’Union sacrée du gouvernement et contribua à forger idéologiquement le nouveau récit national ukrainien en faisant de Makhno, l’insurgé anarchiste des années 1920, un héros nationaliste ukrainien se battant sous le drapeau jaune et bleu, ce qu’il n’avait jamais été lui dont l’étendard était exclusivement noir.

En 2024, Chichkan a rejoint les Forces armées ukrainiennes comme artilleur de mortier, se disant motivé par ses idéaux antifascistes et anti-impérialistes. Ironiquement, il rejoignait les rangs de ceux qu’il n’avait eu cesse de dénoncer, et qui avaient saccagés son exposition en 2017 ... Le 9 août 2025, Chichkan fut mortellement blessé en repoussant une offensive de l’infanterie russe dans l’oblast de Zaporijia ; il décéda le 10 août, laissant derrière lui sa femme et son jeune fils.

Son dernier message sur Facebook, publié une semaine avant sa mort, était un appel à ses supporter étrangers pour qu’ils s’engagent dans le "bataillon anti-autoritaire de l’armée ukrainienne" , avec le commentaire "ne vous retenez pas".

Lors de ses funérailles, le chef du Corps des volontaires russes, le militant néo-nazi Denis Kapustin (alias Denis Nikitine ou White Rex) qui y assistait, s’en prit à Viktor Pylypenko, un militaire ouvertement homosexuel qui assistait à la cérémonie avec un drapeau arc-en-ciel, et l’agressa. (source : https://taz.de/Homosexualitaet-in-der-ukrainischen-Armee/!6110083/)