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	<title>CNT-AIT - Toulouse | Anarchosyndicalisme !</title>
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	<description>Site web de la CNT-AIT de Toulouse, organisation anarchosyndicaliste. 7 rue Saint-R&#233;m&#233;sy - 31000 Toulouse - 05 61 52 86 48</description>
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		<title>CNT-AIT - Toulouse | Anarchosyndicalisme !</title>
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		<title>Les briseurs de machine (2) : Le luddisme
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&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; dans notre pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro, nous avions abord&#233; les mouvements de r&#233;sistance &#224; la m&#233;canisation qui ont secou&#233; l'Europe dans la premi&#232;re moiti&#233; du 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en mettant en lumi&#232;re la port&#233;e hautement politique de ces r&#233;voltes : loin de se restreindre &#224; leur manifestation la plus spectaculaire, sous la forme du bris de machine, elles refl&#233;taient le refus d'un assujettissement global aux formes de vie qu'exigeait la r&#233;volution industrielle, au bouleversement du mode de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Du Luddisme
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&lt;a href="https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?mot70" rel="tag"&gt;article_cs_99
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Un certain Ned Ludd&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Un certain Ned Ludd&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Watch and ward act&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Watch and ward act&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le luddisme, expression d'une vision du monde ?&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Le luddisme, expression (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; dans notre pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro, nous avions abord&#233; les mouvements de r&#233;sistance &#224; la m&#233;canisation qui ont secou&#233; l'Europe dans la premi&#232;re moiti&#233; du 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en mettant en lumi&#232;re la port&#233;e hautement politique de ces r&#233;voltes : loin de se restreindre &#224; leur manifestation la plus spectaculaire, sous la forme du bris de machine, elles refl&#233;taient le refus d'un assujettissement global aux formes de vie qu'exigeait la r&#233;volution industrielle, au bouleversement du mode de production mais aussi du rapport social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Luddisme fut parmi ces mouvements le plus tumultueux, le plus intense, mais aussi le plus r&#233;prim&#233;. Il d&#233;signe la r&#233;volte des ouvriers du textile en Angleterre, qui massivement et de sang-froid, d&#233;truisirent des centaines de machines travaillant la soie, le coton et la laine. Il appara&#238;t entre 1811 et 1813 dans les r&#233;gions de production textile, secteur traditionnel (longtemps bas&#233; sur une activit&#233; manuelle, un r&#233;el savoir-faire, et form&#233; de corporations ind&#233;pendantes), devenu l'industrie phare du pays, en proie &#224; une m&#233;canisation particuli&#232;rement rapide. Le th&#233;&#226;tre de ce soul&#232;vement, &#8220;le triangle Luddite&#8221;, concerne le centre industriel de l'Angleterre et r&#233;unit trois corporations : les tricoteurs du Nottinghamshire, les tondeurs du Yorkshire et les tisserands du Lancashire, des foyers de lutte relativement &#233;clat&#233;s g&#233;ographiquement, dont les acteurs exer&#231;aient diverses professions qui pr&#233;sentaient chacune leur histoire, leur sp&#233;cificit&#233;, leur tradition de lutte. C'est en cela que r&#233;side notamment la singularit&#233; des luddites : &#8220;une coh&#233;rence globale, une conscience de leur unit&#233;&#8221; entra&#238;nant une renomm&#233;e consid&#233;rable, une unit&#233; du mouvement mais une pluralit&#233; des pratiques, inscrites dans des contextes socio-&#233;conomiques tr&#232;s divers et des sp&#233;cificit&#233;s r&#233;gionales fortes... Ces diff&#233;rences conditionnent compl&#232;tement l'&#233;volution du mouvement qui connut plusieurs &#233;tapes (se radicalisant au fur et &#224; mesure) et les modes d'actions choisis (certaines professions restaient dans des cadres plus l&#233;galistes que d'autres), mais nous ne pouvons nous y arr&#234;ter ici en d&#233;tail. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cisons que le mouvement est enracin&#233; dans un contexte de crise &#233;conomique et politique : ch&#244;mage massif, famines ravageant le pays, discr&#233;dit des dirigeants li&#233;s &#224; la corruption. En 1811, la premi&#232;re puissance industrielle est avant tout un pays au bord de l'insurrection... l'image de prestige (sa seule pr&#233;occupation) qu'elle cultive aux quatre coins du monde, y compris dans les colonies qu'elle pille et affame n'est que pure propagande. La r&#233;alit&#233; est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Un certain Ned Ludd&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Luddites prirent leur nom d'un certain Ned Ludd, personnage vraisemblablement imaginaire et dont les origines demeurent obscures. Parmi une des hypoth&#232;ses, il s'agirait d'un jeune apprenti ayant par le pass&#233; d&#233;truit un m&#233;tier &#224; tisser. L'emploi de ce nom contribua d'ailleurs &#224; l'unit&#233; du mouvement, et par le myst&#232;re qu'il contenait, laissait entendre l'existence d'une v&#233;ritable coalition, massive et hautement organis&#233;e. Les Luddites se voulaient une &#8220;arm&#233;e de justiciers&#8221; avec &#224; sa t&#234;te le G&#233;n&#233;ral Ned Ludd, chef fictif qui faisait toutefois trembler les dirigeants d'alors. Cette arm&#233;e reprenait les codes de l'arm&#233;e officielle (contexte de guerre contre Napol&#233;on jusqu'en 1815) en les subvertissant pour les adapter &#224; leurs propres valeurs, le G&#233;n&#233;ral Ludd repr&#233;sentant la face n&#233;gative de cette d&#233;fense patriotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les modes op&#233;ratoires qu'ils avaient en commun, celle de pr&#233;c&#233;der leurs attaques contre les machines par des lettres de menaces, envoy&#233;es aux propri&#233;taires des manufactures en les sommant de retirer les machines honnies et &#8220;nuisibles &#224; la communaut&#233;&#8221; s'il ne voulaient pas les voir bris&#233;es en mille morceaux, et leur manufacture incendi&#233;e ou mise &#224; sac en guise de revanche. Ces lettres sugg&#233;raient une force coordonn&#233;e de grande ampleur et constituaient &#224; la fois une mani&#232;re de se prot&#233;ger, et d'intimider les manufacturiers : c'&#233;tait seulement quand cela &#233;chouait (quand les patrons ne coop&#233;raient pas, dans la plupart des cas) que les Luddites avaient recours aux bris de machines... Cette r&#233;volte populaire fut en effet marqu&#233;e par une intense activit&#233; &#233;pistolaire : pour menacer ou revendiquer, pour expliquer ou se justifier, ils &#233;crivirent des dizaines de lettres destin&#233;es &#224; des manufacturiers, magistrats, membres du gouvernement, et adopt&#232;rent des proclamations placard&#233;es, envoy&#233;es &#224; la presse et parfois publi&#233;es, le tout sous la signature de G&#233;n&#233;ral Ludd (mais aussi Roi Ludd, commandant Ludd et autres pseudonymes charg&#233;s de symbole). Ces lettres sont aujourd'hui une des seules traces qui reste de ce mouvement, et par la force de leur &#233;criture, prose r&#233;volt&#233;e m&#234;lant plusieurs langages, constituent une litt&#233;rature &#224; part enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Luddisme d&#233;marra dans le Nottinghamshire en mars 1811 avec les tricoteurs sur m&#233;tiers, qui connaissaient alors une d&#233;gradation de leur activit&#233; (pression des fabricants, baisse des revenus d'1/3 entre 1809 et 1812). Leurs premi&#232;res motivations furent le refus de la fabrication de marchandises de mauvaise qualit&#233; et l'exigence de meilleurs salaires, d&#233;non&#231;ant ainsi le &#8220;travail b&#226;cl&#233;&#8221;, &#8220;l'atteinte &#224; l'honneur du m&#233;tier&#8221; engendr&#233;e par cette pression productiviste. Une tradition contestataire caract&#233;risait les bonnetiers, et les violences se radicalis&#232;rent avec le meurtre d'un camarade Luddite en novembre 1811. Selon un journal de l'&#233;poque, le Leeds Mercury, &#8220;l'&#233;tat d'insurrection qui s'est install&#233; dans le pays au cours de ces derniers mois n'a pas d'&#233;quivalent depuis les temps troubl&#233;s de Charles 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#8221;. La phase de Luddisme s'acheva dans cette r&#233;gion car les salaires des ouvriers bonnetiers augment&#232;rent (ils eurent par la suite recours &#224; des strat&#233;gies beaucoup plus l&#233;galistes, telles que les p&#233;titions et le lobbying), mais surtout en raison d'un renforcement de la r&#233;pression et du contr&#244;le social par les autorit&#233;s en ce d&#233;but d'ann&#233;e 1812 : le bris de machine devint pour la premi&#232;re fois de l'histoire un crime capital, passible de la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contexte de r&#233;pression accrue ne fit qu'attiser la col&#232;re des ouvriers du Yorkshire et du Lancashire, r&#233;gions qui s'enflamm&#232;rent &#224; leur tour &#224; travers des actions plus radicales et plus diversifi&#233;es. Les attaques de nuit se g&#233;n&#233;ralis&#232;rent dans le Yorkshire : les tondeurs repr&#233;sentaient une &#8220;&#233;lite&#8221; parmi les ouvriers du textile par leur contr&#244;le total du processus de production et leur ind&#233;pendance, et &#233;taient forts d'exp&#233;riences collectives de luttes gagn&#233;es dans le pass&#233;, ce qui les mettaient en position de force face aux autorit&#233;s. Les tisserands du Lancashire, sans tradition d'action collective, se mobilis&#232;rent cependant radicalement en menant des actions de jour et de grande ampleur. Les actions &#233;taient en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale concert&#233;es, planifi&#233;es et organis&#233;es sur un mode quasi militaire : les luddites se rassemblaient par exemple dans un champ non loin de leur cible, se rendaient en nombre sur les lieux et prenaient d'assaut la manufacture, arm&#233;s de masses, de marteaux, de piques, de hachettes et de fusils. Ils agissaient le plus rapidement possible et s'en allaient de m&#234;me, dispers&#233;s en petit groupe pour &#233;viter tout soup&#231;on, et &#233;chappaient la plupart du temps aux autorit&#233;s. Toutefois, le Luddisme &#233;tait bas&#233; sur une culture du secret &#224; travers des pratiques visant &#224; assurer la clandestinit&#233; du mouvement (rituels, serments, peintures corporelles). Il &#233;tait fr&#233;quent que les hommes se d&#233;guisent en femmes lors des attaques, et ils noircissaient syst&#233;matiquement leur visage au charbon, se paraient de foulards : le souci de ne pas trahir leur identit&#233; ou celle de leurs camarades &#233;tait primordial, ce qui rendit le Luddisme ind&#233;masquable. Les autorit&#233;s, malgr&#233; le nombre de soldats et de moyens d&#233;ploy&#233;s, ne parvenaient pas &#224; identifier les luddites &#233;galement gr&#226;ce au soutien des populations, qui h&#233;bergeaient les &#233;meutiers en fuite apr&#232;s les attaques, et gardaient le silence face aux soldats qui parcouraient les villages pour leur soutirer des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les rumeurs d'insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e parcouraient tout le pays, les &#233;meutes de la faim sur les march&#233;s, les pillages et collectes d'armes se firent r&#233;currents, int&#233;grant des individus n'ayant rien &#224; voir avec le Luddisme et r&#233;v&#233;lant ainsi la contagion d'autres sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; par le mouvement. La strat&#233;gie du bris de machine culminait mais &#233;tait dans certains endroits accompagn&#233;e de gr&#232;ves et de mises en interdit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres de menaces prirent un ton de plus en plus politique, &#224; travers l'&#233;largissement des revendications et des allusions refl&#233;tant, plus ou moins clairement, le d&#233;sir de saper ou renverser le r&#233;gime en place : &#8220;nous viendrons &#224; bout de tous les oppresseurs et continuerons le combat jusqu'&#224; ce qu'il n'y ait plus un seul tyran &#224; conqu&#233;rir&#8221; peut-on lire dans certaines lettres...&lt;br class='autobr' /&gt;
La peur d'un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ralis&#233; parmi les autorit&#233;s, accentu&#233;e par l'aspect myst&#233;rieux et insaisissable du Luddisme (le gouvernement attribua les troubles &#224; un complot foment&#233; tant&#244;t par les Irlandais libres, tant&#244;t par les jacobins fran&#231;ais et &#224; d'autres pistes abandonn&#233;es rapidement) le dispositif r&#233;pressif qu'elles d&#233;ploy&#232;rent, et la d&#233;termination des luddites laissent &#224; penser que ces derniers, &#224; un certain point, constitu&#232;rent une menace r&#233;elle pour l'ordre &#233;tabli, et on peut voir dans ce passage &#224; l'&#233;largissement des revendications un intervalle r&#233;volutionnaire. &#8220;Leur menace envers l'ordre &#233;tabli engendra la plus grosse vague de r&#233;pression employ&#233;e contre la dissidence int&#233;rieure dans l'histoire de la Grande-Bretagne, incluant une artillerie d'espions, des polices sp&#233;ciales, des milices et troupes volontaires, des raids nocturnes, des juges qui envoyaient &#224; la potence, l'application de sanctions s&#233;v&#232;res, et un d&#233;ploiement de soldats dans les zones agit&#233;es dont le nombre d&#233;passait celui des soldats mobilis&#233;s quatre ans plus t&#244;t pour vaincre Napol&#233;on au Portugal (...)&#8221; (K. Sale).&lt;br class='autobr' /&gt;
Savoir si une r&#233;volution aurait pu avoir lieu en Angleterre &#224; ce moment-l&#224;, tout comme celle de savoir dans quelle mesure le luddisme contribua &#224; la formation de la classe ouvri&#232;re et &#224; la naissance du syndicalisme par la suite, sont des questions d&#233;battues par les historiens. Elles font l'objet de diff&#233;rentes interpr&#233;tations...&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment expliquer la disparition progressive du Luddisme ? Cette question aussi est l'objet de nombreux d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Watch and ward act&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression f&#233;roce qui s'abattit sur le pays est la principale explication. En plus de la loi sur la peine de mort, vot&#233;e en f&#233;vrier 1812 et qui contribua &#224; mettre d&#233;finitivement &#8220;l'opinion publique&#8221; du c&#244;t&#233; des Luddites, le serment secret (porter all&#233;geance au mouvement luddite) devint aussi un crime. Une loi incitant &#224; la d&#233;lation (Watch and ward act) contraignait tous les hommes de plus de 17 ans &#224; assurer des services de garde pendant la nuit, dans tous les endroits susceptibles d'&#234;tre foyer d'explosion (pubs, usines, places publiques). Le Premier ministre, Perceval Spencer, fut assassin&#233; en avril 1812 apparemment en dehors de tout lien avec les Luddites, mais le crime leur fut attribu&#233; ce qui tendit encore plus le climat. D'ailleurs, pour d&#233;crire l'hostilit&#233; populaire aux dirigeants il faut savoir qu'il y eut bon nombre de manifestations de joie suite &#224; cet assassinat dans plusieurs villes. La fracture se creusa, et le durcissement de la r&#233;pression et la criminalisation du mouvement entra&#238;na le d&#233;clin rapide des &#233;meutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement chercha &#224; frapper les esprits en jugeant publiquement 65 inculp&#233;s (pas seulement des artisans du textile) lors des assises de York en janvier 1813 o&#249; ils furent accus&#233;s d'actes de brigandage, bris de machines et prestation de serment &#224; une autre personne que le roi ; 3 crimes passibles de la peine de mort. Cet &#233;v&#233;nement fut le proc&#232;s du Luddisme, alors d&#233;peint par les magistrats comme une association de malfaiteurs responsables de ports d'armes, violence et atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;.17 hommes furent condamn&#233;s &#224; la pendaison, et les autres &#224; des peines de prison ou d&#233;port&#233;s en Australie... Cela ne leva pas le myst&#232;re de l'organisation, mais ces assises marquent la fin du mouvement, m&#234;me s'il y eut des r&#233;surgences par la suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des interpr&#233;tations que l'on peut donner du Luddisme est la suivante : &#8220;leur unit&#233; est &#224; lire au futur (non au pr&#233;sent ou au pass&#233;). C'est un regard commun port&#233; sur l'avenir de leur communaut&#233; qui aurait li&#233; ces hommes entre eux, ainsi que le rejet radical d'une suspension du pr&#233;sent au crochet d'un avenir technicis&#233; illusoire&#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le luddisme, expression d'une vision du monde ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Pour percevoir les r&#233;sonances actuelles du Luddisme, il faut y inclure sa composante politique. L'h&#233;ritage id&#233;ologique du progr&#232;s technique dans nos soci&#233;t&#233;s est comme une chape de plomb sur les possibilit&#233;s de r&#233;voltes qui en &#233;mergent. Il est &#224; la fois plus que jamais pr&#233;sent et source de scepticisme, dans une &#232;re o&#249; les crimes li&#233;s &#224; l'industrie et &#224; la technologie se font jour de fa&#231;on croissante. Le manque de contr&#244;le que nous pensons avoir &#224; cet &#233;gard, la sensation qu'il est impossible de s'en extirper collectivement, radicalement et sur le long terme, nous laisse dubitatif, acceptant sans conviction et un peu malgr&#233; nous l'id&#233;e de son cours incontr&#244;lable... confusion d'ailleurs entretenue par le mensonge m&#233;diatique et le consensus cynique fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces par les alter-capitalistes de tous bords, d&#233;fenseurs - &#224; la Hulot ou moralistes d'Attac qui en appellent, en tant qu'ultime recours, &#224; faire du v&#233;lo, consom'acter et surtout bien compter sur eux en attendant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La technique, contrairement &#224; la fa&#231;on dont elle fut longtemps interpr&#233;t&#233;e, ne rel&#232;ve pas seulement de l'action de sp&#233;cialistes agissant dans une sph&#232;re autonome coup&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233; : elle pr&#233;sente ind&#233;niablement un caract&#232;re politique, elle est socialement fa&#231;onn&#233;e. Le c&#244;t&#233; politiquement construit de la marchandise, refl&#232;te une soci&#233;t&#233; tout comme la soci&#233;t&#233; refl&#232;te ses marchandises, allant jusqu'&#224; d&#233;terminer le rapport social, les luttes, s'immiscer dans les sph&#232;res les plus intimes des individus. La dictature de cette id&#233;ologie alt&#232;re et acc&#233;l&#232;re &#224; la fois les d&#233;sirs d'autonomie, de mise en commun de savoirs et de pratiques qui se situent en dehors de la sph&#232;re marchande et cybern&#233;tico-industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment aujourd'hui se r&#233;approprier les outils, favoriser des formes d'auto-organisation, pr&#233;parer le terrain pour l'avenir ? Nous ne pouvons arr&#234;ter notre r&#233;flexion &#224; l'autogestion, sinon en nous demandant de quelle autogestion nous parlons : que reste-t-il &#224; autog&#233;rer dans l'&#233;tat actuel des choses ? L'hypoth&#232;se de la r&#233;appropriation des moyens de production est s&#251;rement f&#233;conde, mais en dehors de tout syst&#232;me qui se rapproche de pr&#232;s ou de loin de celui que nous connaissons aujourd'hui. La destruction du capitalisme passe par une red&#233;finition de l'id&#233;e de progr&#232;s dans ses fondements m&#234;me, red&#233;finition dont doit d&#233;couler celles des moyens et des modes de production, et ainsi du rapport &#224; l'existence. Si nous nous accordons &#224; penser qu'une soci&#233;t&#233; est le reflet de ses techniques/ technologies et vice versa, qu'elle incarne une vision du progr&#232;s qui lui est propre, mais pas &#8220;vraie&#8221; ou &#8220;juste&#8221; dans l'absolu, la perspective d'une r&#233;volution sociale en appelle &#224; des changements radicaux sur ce point de vue aussi, car la lutte doit se donner pour cadre le pr&#233;sent... Cette red&#233;finition/destruction dont nous parlons d&#233;passe de loin la question &#233;thique : elle s'impose d&#233;sormais &#224; nous &#224; travers la menace quotidienne que pr&#233;sente les risques du &#8220;tout industriel&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcelle Brisefer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les briseurs de machine
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		<dc:subject>A la une
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&lt;p&gt;Il nous est souvent difficile de nous figurer &#224; quel point la R&#233;volution industrielle marqua une rupture dans l'organisation sociale et &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s occidentales. Ces bouleversements prirent source en Angleterre &#224; travers un processus au caract&#232;re brutal et rapide enclench&#233; au d&#233;but du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; : ruptures dans les configurations des villes et des campagnes, dans les modes de vie (d&#233;clin de l'organisation &#034;communautaire&#034;), dans l'organisation du travail (rapport &#224; la production, cadre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Du Luddisme
&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;que r&#233;v&#232;lent les bris de machines dansleurs bases communes ?&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;que r&#233;v&#232;lent les bris de (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;strat&#233;gie de dernier recours&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;strat&#233;gie de dernier recours&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;la question du bien-fond&#233; de la machine&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;la question du bien-fond&#233; (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Il nous est souvent difficile de nous figurer &#224; quel point la R&#233;volution industrielle marqua une rupture dans l'organisation sociale et &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s occidentales. Ces bouleversements prirent source en Angleterre &#224; travers un processus au caract&#232;re brutal et rapide enclench&#233; au d&#233;but du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; : ruptures dans les configurations des villes et des campagnes, dans les modes de vie (d&#233;clin de l'organisation &#034;communautaire&#034;), dans l'organisation du travail (rapport &#224; la production, cadre de la manufacture), dans le rapport m&#234;me &#224; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On tend &#224; n&#233;gliger l'aspect &#034;r&#233;volutionnaire&#034; de ces R&#233;volutions industrielles op&#233;r&#233;es tour &#224; tour en Europe, aux Etats-Unis puis s'&#233;tendant au reste du monde ; on les con&#231;oit comme des ph&#233;nom&#232;nes historiques lin&#233;aires -cons&#233;quences logiques de la &#034;rationalisation&#034; du monde- et in&#233;vitables -&#034;on ne pouvait de toute fa&#231;on y &#233;chapper&#034;. Pour nous, qui ne f&#251;mes pas t&#233;moins de ce violent passage &#224; l'&#232;re industrielle, pour nous, qui n'avons toujours connu que son h&#233;ritage, ses aboutissants, il n'est pas facile de concevoir qu'il y ait eu un &#034;avant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La toute puissance de la marchandise, le r&#232;gne de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, l'apparence d&#233;sol&#233;e de notre environnement social et g&#233;ographique, l'expansion illimit&#233;e des villes, les usines g&#233;antes, technopoles et centrales nucl&#233;aires qui poussent comme des champignons -pr&#233;tendus symboles de la puissance humaine- les temples de la consommation bond&#233;s au quotidien -fausses m&#233;taphores de notre bonheur-... la liste exhaustive des tares iniques de cette soci&#233;t&#233; -dans tout ce qu'elle g&#233;n&#232;re d'ali&#233;nations, de folies collectives- serait longue &#224; &#233;tablir mais ce n'est pas le propos ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment saisir dans notre environnement les traces du syst&#232;me pr&#233;-industriel /capitaliste, tant elles furent an&#233;anties au profit de l'imposition de celui que l'on conna&#238;t aujourd'hui ? Imposition pourtant bel et bien organis&#233;e contre notre gr&#233; ... contre le gr&#233; des populations d'alors (m&#234;me s'il ne s'agit pas d'id&#233;aliser les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-industrielles qui avaient leurs propres formes d'exploitation). Pourtant, les temps pr&#233;-industriels ne sont pas si &#233;loign&#233;s de nous, 100 ans, 200 ans &#224; peine. Ce n'est pas grand chose &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;. Mais, il s'en est pass&#233; depuis... et &#231;a n'a pas toujours coul&#233; de source pour les principaux concern&#233;s, ceux qui &#233;taient au c&#339;ur du processus de production, ceux qui v&#233;curent de plein fouet ces bouleversements de l'ordre socio-&#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;voltes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les r&#233;voltes ouvri&#232;res face &#224; l'industrialisation, ancr&#233;es dans la vie sociale, ont &#233;t&#233; la preuve du refus de se soumettre aveugl&#233;ment aux nouvelles lois de l'industrie, et plus largement, &#224; tous les principes et conceptions de la vie en soci&#233;t&#233; qu'elles engendr&#232;rent. De nombreux corps de m&#233;tiers se soulev&#232;rent contre ce qui se dessinait alors : la perspective du travail en usine, d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la division et l'intensification du travail, dans laquelle l'individu n'aurait plus aucun contr&#244;le sur son activit&#233;, sa production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Consid&#233;rer la machine comme &#233;l&#233;ment crucial de la R&#233;volution industrielle, voire comme nouvel &#034;acteur social&#034;, n'est pas lui donner une importance d&#233;mesur&#233;e : elle fut (entre autres) &#224; l'origine des transformations modernes. Et affirmer qu'elle suscita la haine de bon nombre d'individus n'est pas une hyperbole : partout o&#249; il y eut introduction de nouvelles machines -dans la plupart des secteurs d'activit&#233;s- il y eut r&#233;sistance &#224; ces machines, r&#233;sistance qui se manifesta sous diverses formes, dont leur destruction pure et simple. Ces r&#233;sistances, oubli&#233;es pour la plupart, furent constantes dans leurs formes -qui posent le bris de machines en tant qu'ultime recours apr&#232;s &#233;puisement des moyens l&#233;gaux- ; constantes dans leurs cibles -les seules machines qui n'apportent aucun avantage aux travailleurs- ; constantes dans leurs acteurs -regroup&#233;s bien au-del&#224; des cercles ouvriers les plus directement concern&#233;s- ; et constantes dans leur chronologie -avec une extinction rapide de la contestation dans la seconde moiti&#233; du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
les ludites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le mouvement des Luddites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous aborderons le Luddisme dans un autre article.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui eut lieu en Angleterre, dans les secteurs du textile en proie &#224; la m&#233;canisation, entre 1811 et 1813 (avec quelques r&#233;pliques les ann&#233;es qui suivirent), ne conna&#238;t pas d'&#233;quivalent en terme d'intensit&#233; : la r&#233;volte des ouvriers du textile fut un v&#233;ritable s&#233;isme qui fit trembler l'Angleterre et ses dirigeants et, m&#234;me si ce mouvement, aux fronti&#232;res de l'insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ne d&#233;boucha pas sur une r&#233;volution, il retarda ind&#233;niablement la m&#233;canisation de certains secteurs et eut d'autres cons&#233;quences sur le long terme, moins mesurables, ne serait-ce qu'&#224; travers les grands questionnements qu'il souleva : la question de la machine et de la production plac&#233;es au c&#339;ur du d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les mouvements de bris de machines qui secou&#232;rent certains autres pays europ&#233;ens ne furent pas anecdotiques non plus, et c'est sur eux que nous nous concentrerons ici .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	France, Espagne, Sil&#233;sie, Autriche, Allemagne, Belgique, furent le th&#233;&#226;tre de mouvements de r&#233;sistance &#224; la m&#233;canisation. En France, on conna&#238;t la r&#233;volte des ouvriers du livre qui s'oppos&#232;rent &#224; l'introduction des presses m&#233;caniques durant les journ&#233;es insurrectionnelles de juillet 1830 ; le midi lainier qui s'enflamma contre l'introduction des tondeuses m&#233;caniques, ou encore les r&#233;voltes contre la m&#233;canisation du textile en Normandie juste apr&#232;s 1789. Toutes ces r&#233;voltes eurent lieu de mani&#232;re &#233;clat&#233;e, surgirent &#224; diff&#233;rents moments, eurent leurs sp&#233;cificit&#233;s dans les causes et les formes de luttes, touch&#232;rent divers secteurs d'activit&#233;s, mais elles sont malgr&#233; tout profond&#233;ment li&#233;es les unes aux autres par une convergence de faits, de bases communes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;que r&#233;v&#232;lent les bris de machines dansleurs bases communes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Tout d'abord, les secteurs non touch&#233;s furent ceux o&#249; la m&#233;canisation rendait le travail moins p&#233;nible (les secteurs naissants), alors que l'opposition se manifestait l&#224; o&#249; la m&#233;canisation mena&#231;ait les m&#233;tiers existants. C'&#233;tait plus ce que symbolisait la machine qui causait la col&#232;re des ouvriers, le syst&#232;me qu'elle engendrait, plus que la machine en elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch&#244;mage, division, intensification et d&#233;qualification du travail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; la mise en pratique des postulats de l'&#233;conomie politique, &#034;science&#034; alors v&#233;n&#233;r&#233;e par les &#233;lites de tous bords mais infiniment orient&#233;e puisque mise au service des th&#233;ories lib&#233;rales, fondatrices du cauchemar qui suivit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ensuite, le cadre de la manufacture &#233;tait au c&#339;ur de la r&#233;volte, &#224; travers tout ce qu'il refl&#233;tait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;La machine est une arme de guerre dirig&#233;e contre ces m&#244;les de r&#233;sistance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; savoir sa fonction disciplinaire et r&#233;pressive : l'enfermement et l'ab&#233;tissement (division du travail en t&#226;ches &#233;l&#233;mentaires, maximis&#233;e plus tard par le fordisme et le taylorisme), mise au pas d'un monde ouvrier et artisan rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; strat&#233;gie de dernier recours&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Il faut souligner que si la strat&#233;gie du bris de machine &#233;tait fr&#233;quente, elle constituait un dernier recours, pratiqu&#233; par les ouvriers, une fois &#233;puis&#233;es des strat&#233;gies plus l&#233;galistes (p&#233;titions, tentative de r&#233;activer des textes juridiques ou constitutionnels pour invoquer le refus des machines, tentatives de n&#233;gciation pour retirer les machines...). Quand ces strat&#233;gies se soldaient par un &#233;chec, c'&#233;tait l'&#233;meute. Ce qui comptait, c'&#233;tait plus ce que traduisait l'acte que son r&#233;sultat : &#224; travers le bris de machine, les ouvriers portaient notamment la critique du mode de relations sociales engendr&#233; par le r&#232;gne de la machine. Le machinisme peut en effet d&#233;signer un mode de relations sociales qui &#233;loigne moralement les hommes en les unissant m&#233;caniquement. D'o&#249; le r&#244;le qu'elle peut aussi jouer dans la division des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Aussi, l'hostilit&#233; &#224; la machine n'&#233;tait pas port&#233;e que par ses seules victimes : Il est &#233;tonnant de voir &#224; quel point &#034;l'opinion&#034; soutenait les &#233;meutiers, moralement ou en pratique. Les villageois mirent en place des solidarit&#233;s (h&#233;bergement des &#233;meutiers en fuite, refus de d&#233;noncer malgr&#233; la pression des autorit&#233;s,...). Il arriva aussi &#224; des magistrats ou &#224; certains secteurs de la bourgeoisie ou de l'aristocratie (eux-m&#234;mes r&#233;ticents &#224; la m&#233;canisation, certes pour d'autres int&#233;r&#234;ts !) de soutenir la cause des briseurs de machines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui peut aussi s'inscrire dans la &#034;critique artiste du capitalisme&#034; (&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, on constate que les r&#233;sistances &#233;taient vives surtout en p&#233;riode de crise ou d'agitation r&#233;volutionnaire (1830, 1848...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements doivent &#234;tre d&#233;chiffr&#233;s dans un contexte o&#249; les coalitions ouvri&#232;res &#233;taient interdites, et o&#249; la peine de mort contre les briseurs de machine &#233;tait en vigueur au Royaume-Uni et en Espagne : la classe ouvri&#232;re, au sens o&#249; on l'entendit par la suite, n'&#233;tait pas encore constitu&#233;e, et ces mouvements contribu&#232;rent dans une certaine mesure &#224; sa formation. Les individus s'organisaient de mani&#232;re beaucoup plus directe entre eux, souvent dans la clandestinit&#233;. Ce n'est qu'au tournant de la seconde moiti&#233; du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que l'on commence &#224; parler de syndicalisme, tournant qui co&#239;ncide avec la rar&#233;faction des bris de machines et de cette forme d'&#034;action directe&#034;. On assiste alors &#224; l'extinction de la contestation m&#234;me de la m&#233;canisation : la gr&#232;ve devient la forme de lutte privil&#233;gi&#233;e et les revendications sont li&#233;es &#224; la dur&#233;e et &#224; l'organisation du travail. L'image de la machine change : elle n'est plus diabolis&#233;e, mais &#233;rotis&#233;e, magnifi&#233;e, humanis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?id_rubrique=47&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;la question du bien-fond&#233; de la machine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Les consid&#233;rations plus &#034;philosophiques&#034; li&#233;es &#224; la machine, la question de leur bien-fond&#233;, sont balay&#233;es du d&#233;bat public... Mais il est important de souligner que ces consid&#233;rations, qui &#233;mergeaient de la pratique de la lutte, furent emmen&#233;es au c&#339;ur du d&#233;bat par les ouvriers, longtemps organis&#233;s directement entre eux, et ce &#224; travers une multitude de publications, proclamations, brochures, lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les raisons de l'extinction de la contestation, en cette seconde moiti&#233; de 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, sont multiples, mais on peut ici en citer une, &#233;troitement li&#233;e au contexte id&#233;ologique des ann&#233;es 1800-1850 en France. La R&#233;volution de 1789 n'est pas loin, et les &#233;lites ont une peur particuli&#232;re de tout retour &#224; une situation insurrectionnelle. L'esprit jacobin est loin d'&#234;tre mort, et n'attend qu'une excuse pour &#234;tre raviv&#233; collectivement (les journ&#233;es de juillet 1830, &#034;les Trois glorieuses&#034; en sont l'occasion). Le climat de r&#233;pression se durcit et s&#233;vit d'autant plus contre les briseurs de machine, ce qui contribue &#224; &#034;saper&#034; cette expression de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D'autre part, l'id&#233;e de la machine en tant qu'outil lib&#233;rateur pour l'homme se popularise, les machines sont de plus en plus consid&#233;r&#233;es en lien avec le bien-&#234;tre. Cette id&#233;e est en partie d&#233;velopp&#233;e par Marx et Engels, qui d&#233;noncent l'emploi capitaliste des machines, leur mode social d'exploitation, mais pointent leur potentiel &#233;mancipateur et la n&#233;cessit&#233; de se les r&#233;approprier en dehors du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En m&#234;me temps, une v&#233;ritable propagande du &#034;progr&#232;s&#034; est &#224; l'&#339;uvre parmi les classes dirigeantes. N'oublions pas que la notion de &#034;progr&#232;s&#034; telle qu'on l'appr&#233;hende aujourd'hui est assez r&#233;cente puisqu'elle ne fut th&#233;oris&#233;e qu'&#224; ce moment l&#224;. Elle constitue &#034;un pilier&#034; du contexte id&#233;ologique de l'&#233;poque. Cette probl&#233;matique, que ne tarde pas &#224; s'approprier le mouvement ouvrier, saisit tout un chacun, entra&#238;ne une &#233;bullition de d&#233;bats et de questionnements, notamment sur la machine, puisqu'elle incarne le progr&#232;s. La bourgeoisie industrielle et ceux qui tentent d'organiser la classe ouvri&#232;re (radicaux, communistes, socialistes) d&#233;veloppent une &#034;p&#233;dagogie m&#233;canicienne&#034; qui se retrouve partout (lieu de travail, &#233;cole, espace public...). Il est difficile de savoir dans quelle mesure cette croisade id&#233;ologique a jou&#233; dans la progressive acceptation populaire des machines, mais son influence est certaine. A partir de 1850, la destruction de machines est vue d'un tr&#232;s mauvais &#339;il par le mouvement ouvrier, consid&#233;r&#233;e comme une lutte st&#233;rile et primitive, accus&#233;e de desservir la cause du mouvement : &#034;Songez que la machine doit vous &#234;tre sacr&#233;e, de pareilles violences compromettent votre cause et celle des travailleurs&#034;, &#233;crit Marx dans Le Capital. Le syndicalisme dans son ensemble ne cessera de mettre en garde contre toute tentative de recours au bris de machine. La question est-elle close pour autant ? En revenant plus en d&#233;tail sur le luddisme dans un prochain article, nous donnerons un point de vue sur les enseignements que l'on peut tirer de cette p&#233;riode pour nos luttes actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcelle Brisefer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ouvrages seulement ont &#233;t&#233; publi&#233;s en Fran&#231;ais sur le Luddisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Chevassus-Au-Louis, Les Briseurs de machine, Ed. le seuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Bourdeau, F. Jarrige et J. Vincent : Les luddites. Bris de machines, &#233;conomie politique et histoire. Ed. Ere.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous aborderons le Luddisme dans un autre article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ch&#244;mage, division, intensification et d&#233;qualification du travail, disparition du travail &#224; domicile, facteur quantitatif primant sur le qualitatif, production de masse et donc de marchandise frelat&#233;e, expansion des march&#233;s au rabais, perte de l'ind&#233;pendance des travailleurs et artisans (alors con&#231;ue comme une forme de libert&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#034;La machine est une arme de guerre dirig&#233;e contre ces m&#244;les de r&#233;sistance que sont les ouvriers de m&#233;tier. Elle permet leur &#233;limination, leur remplacement par un personnel d'ing&#233;nieurs et de techniciens, rationalisateurs par essence, et plus li&#233;s &#224; la direction des entreprises. L'enjeu de la partie n'est donc pas seulement l'emploi, m&#234;me si c'est le principal argument, mais le contr&#244;le : contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res, contr&#244;le des produits, en quantit&#233; et en qualit&#233;, contr&#244;le des rythmes et des hommes. La machine est un instrument de discipline.&#034; (M. Perrot, les ouvriers et la machine en France).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce qui peut aussi s'inscrire dans la &#034;critique artiste du capitalisme&#034; (&#224; diff&#233;rencier de sa critique sociale, mais int&#233;ressante &#224; noter car elle rend compte de l'&#233;tat d'esprit d'une frange soci&#233;tale de l'&#233;poque), tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e dans les milieux bourgeois, hostiles &#224; l'enlaidissement du monde, aux ravages esth&#233;tiques caus&#233;s par l'industrie. Cette critique &#233;tait alors surtout port&#233;e par le romantisme litt&#233;raire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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