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Aéronautique : licenciement de masse, satisfaction des syndicats

Publié le 18 décembre 2020

Nous l’avons déjà dit, mais nous le répétons encore. Les capitalistes et les actionnaires aux coffres- forts bien remplis pour faire face au coronavirus et aux conséquences sur leurs dividendes ont choisi la restructuration des entreprises, les licenciements massifs, les Plans de Sauvegarde de l’Emploi PSE et autres Accords de Performance Collective (APC).

L’organisation du travail a énormément changé ces dix ou vingt dernières années. Les grosses entreprises peuvent désormais piocher dans tout un panel de contrats de travail leur permettant d’optimiser leur productivité, leur rentabilité, et de mettre en place une flexibilité bien meilleure qu’il y a 30 ans. On peut citer par exemple les contrats passés avec d’innombrables boites de sous-traitants, les intérimaires, les stagiaires, les associations de reconversion et des contrats précaires tels que CDD, CDIC ( chantier), CDII ( CDI intérimaire).

Ainsi à Airbus, les effectifs ont fondu d’un tiers sur tous les sites d’assemblage à Toulouse depuis le Covid (chômage partiel inclus). Les plus touchés ont été sans surprise les emplois précaires.
Aujourd’hui (octobre 2020), le gros partenaire syndical FO s’est réjouit, suite à des négociations qui ont duré plus de 3 mois, de n’avoir obtenu aucun licenciement « sec » ! Au diable les intérimaires, les jeunes sortis des écoles d’Airbus et les sous-traitants ! FO se félicite de leur « zéro » licenciement mais la réalité sur le terrain est bien moins réjouissants pour les 1/3 qui se retrouvent sans emploi, sans formation, sans reclassement, sans reconnaissance bref, sans rien. Pas même un merci pour avoir participé à l’enrichissement des gros actionnaires d’Airbus ou pour avoir participé aux frais des parachutes dorés de Tom ENDERS, Louis GALLOIS, etc..…

L’Aéronautique aux environs de Toulouse et dans l’ensemble de la région représente environ 25 000 employés Airbus et 85 000 employés pour l’ensemble du secteur aéronautique (environ 700 entreprises). Sans oublier tous les petits restaurateurs qui fonctionnent essentiellement grâce à l’activité aéronautique. Là encore, FO Airbus et la majorité des syndicalistes s’en moquent.

Si il y a bien une chose insupportable, en plus de cette vague de licenciement dû a un système économique mortifère, c’est de voir des syndicalistes dans la situation actuelle se réjouir des négociations qui finalement n’apportent rien de positif et évitent toute combativité car pour ces partenaires « sociaux », la victoire a déjà été acquise...

Comme nous l’avons déjà dit, le véritable nombre de licenciements prévus n’est pas connu. Les chiffres donnés par les médias, les patrons et les partenaires sociaux ne prennent pas en compte les intérimaires, les contrats précaires ni les sous-traitants. Il faut savoir que toutes ces boites de sous-traitance avaient déjà un certain pourcentage d’intérimaires et de contrats précaires qui se sont arrêtés dès le début du Covid. Combien ? le chiffre exact n’est pas connu.
Mais globalement, tous secteurs confondus et d’après les chiffres du gouvernement, avant le Covid on comptait 800 000 emplois intérimaires, pendant le confinement 360 000 et en août 2020, 680.000.
En gros, on pourrait considérer que ce sont plusieurs centaines de milliers d’emplois qui ont disparu avec les revenus qui vont avec.
Pour eux ce n’est, en effet, que la flexibilité ordinaire de l’emploi déployé à grande échelle. Les plans de licenciements ont été nommés conformément à la novlangue contemporaine : « des plans de sauvegarde d’emploi » !
Mais face à ces trahisons, où en sommes-nous sur le terrain social ?

Un petit aperçu chez les sous-traitants sur les fameux Zéro licenciement et les autres plans patronat en cours (sans avoir la connaissance de ceux cachés dans les cartons des patrons) :
Cet été chez Dérichbourg à Blagnac, une initiative de la part des salariés, en réaction à l’annonce d’un APC honteux par FO, a abouti à un piquet de grève. La direction du sous-traitant d’Airbus avait annoncé que 700 emplois étaient menacés sur 1600 employés avant de proposer un APC ce qui revenait à baisser les salaires pour soi disant “sauver l’emploi”. Pour les bas salaires, le coup a été rude car ils perdront 20% de leur paye. Pourtant, 163 salariés refusèrent de signer cet accord et furent licenciés.

Des mobilisations au sein de l’entreprise aboutirent à la création de Collecitf ( Collectif de Salariés de l’aéronautique et le collectif de salariés de Dérichbourg) et à la volonté de se regrouper avec d’autres salariés de différentes entreprises. Malheureusement , la signature et les négociations de FO avec la direction ont tué la lutte dans l’œuf. Mais l’idée de se fédérer autour d’un collectif était pourtant bien présente.

À Dahers, où 1300 emplois étaient menacés, la mobilisation syndicale a annulé une grève prévue devant le site Airlog à Colomiers le 1er octobre. Les voilà, vent debout à 6H du matin, pour annoncer la fin d’une grève qui n’avait même pas commencé ! Suite à des négociations entre les patrons et les syndicats, le nombre de licenciement sera « réduit » à 619 postes. Pour FO bien sûr, c’est une bonne nouvelle !

- Chez AAA la mobilisation fut faible et un APC fut signé, bravo FO !
- Chez Expléo, des négociations sont en cours et la mobilisation est au point mort.
- AIRBUS et la fameuse victoire FO et son « zéro licenciement « sec »
- Chez Mechachrome des négociations aboutiraient bientôt.
- Chez SAFRAN (PSE, APC), pas d’assemblée générale.

Une coordination des salariés de l’aéronautique fut créée le 17 septembre par une trentaine de groupes syndicaux ou politiques ( CGT, NPA, Non syndiqué). Il y avait eu beaucoup de signataires mais bien moins de personnes présentes sur les piquets de grève. Force est de constater que cette coordination n’a pas insufflé grand chose, les AG sont toujours invisibles.

Plus récemment un collectif de travailleurs en lutte de l’aéronautique et d’ailleurs s’est constitué. Voici un de leur texte :

Depuis que l’épidémie s’est déclarée, nous –Travailleurs- subissons une vague hyper violente de non renouvellement de contrats, de licenciements, de mise en chômage partiel.
Nombre d’entre nous se retrouvent du coup dans une précarité sans précédent. Rien qu’à Toulouse plus de 10000 salariés sont concernés par des plans, PSE, APC etc… ; en France on compte d’ores et déjà plus d’un million de « nouveaux pauvres ».

Face à cette offensive du patronat, il n’y a aucune riposte, les organisations ouvrières ne proposent rien. Les syndicats, prétendument en charge de la défense de nos intérêts signent des accords honteux sans même demander leur accord aux salariés concernés (pas d’assemblée générale, pas de consultation). Pire même, ils se mobilisent comme chez Daher, le 1 octobre, dès 6 h du matin, pour annuler une grève et bloquer les tentatives de résistance et d’auto-organisation des salariés.
Un collectif, à l’initiative de travailleurs qui ne donnent aucun crédit aux organisations syndicales représentatives ni aux partis politiques s’est constitué : « Collectif de travailleurs en lutte de l’aéronautique et d’ailleurs ». Il est ouvert à toute personne qui se sent concernée et qui désire agir et lutter collectivement contre ces attaques patronales et ces mystifications syndicales.
Pour notre avenir, et notre dignité, construisons réellement et ensemble la riposte en amplifiant la lutte.
Nous proposons de se rencontrer :

https://www.facebook.com/collectif.travailleurs.en.lutte
collectif_lutte@riseup.net

Au final, on doit malheureusement constater qu’aucun esprit de lutte n’anime les salariés. Les difficultés rencontrées sur le terrain, pressions de la hiérarchie, nouvelles formes d’organisation du travail, querelles de chapelles entre les syndicats, auxquelles s’ajoutent les obstacles liés au Covid, confinement, couvre feu, font que nous sommes tous isolés sur nos postes de travail, que nous n’avons plus de vrais espaces de discussion et d’échange avec nos collègues sur nos
problèmes.

La classe des riches montre encore une fois sa capacité à utiliser toutes les opportunités (et la Covid en est une) pour enfoncer la classe des exploités. Ce problème n’est pas nouveau, à nous de trouver les solutions pour y mettre un terme. La création de collectifs autonomes, de comités de lutte réellement indépendants est un moyen. La tâche sera rude, longue, et couverte d’embûche, et de manigance mais si nous voulons créer une société plus juste, plus égalitaire, plus libre, c’est la seule solution.

La tache sera rude, longue et la route couverte d’embûches, nous devrons faire face aux manigances des patrons et de leurs laquais, mais plus que jamais la nécessité de créer des comités de lutte, des collectifs autonomes se fait sentir, ce n’est qu’un début !

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