Notre révolte sera plus forte que leur victoire

Lundi 9 juillet 2007, par cnt // Election

Une version réductionniste du "6 mai" qui n’est pas innocente

L’idéologie dominante, qui s’exprime par la voix du personnel politique et médiatique, a unanimement minoré les rassemblements du 6 mai au soir et ceux des jours suivants.
De même, caricature et réductionnisme étaient de mise pour une certaine extrême-gauche jusque dans ces confins para-libertaires. Effrayée de son ombre, elle a aussitôt évoqué les "totos" (les autonomes) comme étant le facteur du trouble. Or, dans la rue ce soir là, il s’agissait non de militants mais de jeunes électeurs qui "y ont cru". Le résultat leur a été une déchirure, car pendant des semaines, chauffés à blanc par les porte-parole de la gauche et de l’extrême gauche, ils ont sincèrement crû que cette élection était un rempart - le rempart - contre le fascisme. Leur révolte est dès lors la réaction viscérale de ceux qui se sentent pris au piège, acculés au désespoir. Quand ils descendent dans la rue, c’est la douche froide : les leaders gauchistes, Monsieur Besance-not en tête (voir page14), font immédiatement savoir combien ils désapprouvent toute manifestation. Evidemment, le danger fasciste n’est pour eux qu’un argument de foire électorale. Une fois l’élection passée, il est rangé dans le sac de l’attirail foireux, jusqu’à la prochaine. Quant aux représentants avoués de la bourgeoisie - du PS à la droite - ils ont surtout cherché à minorer les faits. Ne pensons pas que cette indigence de l’analyse soit fortuite ; tous ces gens, politiciens et syndicalistes, vivent des avantages de la représentation et de la visibilité que leur offre la démocratie bourgeoise. Or, les manifestations du 6 mai sont une remise en question de ce système. Et si le pouvoir et ses porte-parole ont tour à tour caricaturé, désapprouvé ou minimisé le 6 mai, c’est bien parce qu’ils ont tout intérêt à refermer ce qui pourrait bien s’avérer devenir pour eux une boite de Pandore.

Celui qui refuse une défaite n’est pas vaincu

Pourtant, l’histoire est riche de ces révoltes contre l’ordre, les fausses évidences et les lois établies.

En 1812, lorsque le tyran Napoléon entrait dans Moscou, il s’attendait à ce que le Tsar, autre tyran, reconnaisse sa défaite. C’est par de telles soumissions qu’il avait clôturé les précédentes campagnes de la Grande Armée. Il suffisait à ce formidable instrument de la politique impérialiste française d’occuper la capitale de l’ennemi pour que celui-ci s’avoue vaincu et jette l’éponge. Contrairement au scénario habituel, la prise de la capitale russe n’eut pas ce résultat. Au contraire, bousculant les règles du jeu, la population russe déserta la ville de Moscou et mis en pratique la politique de la terre brûlée. L’empereur français se fâcha très fort "Ils ne peuvent pas me faire ça, aurait-il pu dire, ils n’ont pas le droit d’aller contre les lois de la guerre !". Résultat : la débâcle, la célèbre retraite de Russie, provoquée par cette attitude iconoclaste des russes qui ne respectaient pas les lois du genre. Une débâcle qui devait en entraîner d’autres pour ne s’arrêter qu’en 1814, par l’abdication pure et simple du Napoléon en question.

Ainsi, en politique, il n’y a de victoire que lorsque l’adversaire s’avoue vaincu. Le refus de la défaite est bien souvent le prélude d’un renversement de situation. C’est exactement ce qui se produisit en 1940. Alors que le 9 juillet, conformément à la Constitution, les Chambres s’étaient réunies séparément pour approuver une nouvelle "loi constitutionnelle" et donner, selon les règles de la démocratie parlementaire, les pleins pouvoirs au Maréchal Philippe Pétain ; certains refusèrent de reconnaître ce vote constitutionnel et se placèrent ouvertement hors la loi. Parmi eux, il y eût, bien sûr, De Gaulle, lequel, le plus anti-démocratiquement du monde, et de façon extrêmement minoritaire, proclama à ce moment-là "La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la Guerre". Il devenait ainsi un général félon... ce qui devait le conduire, quelques années plus tard, à gouverner ce pays et à proclamer la Constitution en fonction de laquelle Sarkozy vient d’être élu ! Ces faits historiques montrent tout simplement qu’au-dessus de la loi du nombre, il y a l’immanence des idées.

Soulignons enfin que la Constitu-tion de 1793, celle qui exprime certainement le mieux l’esprit de la République française naissante, ne dit pas autre chose : les règles du jeu politicien sont faites pour êtres bousculées : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, affirme-t-elle avec beaucoup de conviction, l’insurrection est le plus sacré des devoirs". Qu’on se le dise !

Au-delà de la loi du plus fort

Le pouvoir a une tâche très précise ; c’est le contrôle des populations. Entre autres, il lui faut absolument éviter des mouvements révolutionnaires qui se dresseraient contre la misère, la faim, la destruction de la planète.

Pour cela, il dispose certes de moyens technologiques et humains de plus en plus importants, et surtout de plus en plus sophistiqués.

Mais l’expérience montre que tous ces moyens ne sont rien s’ils ne sont pas appuyés sur une action idéologique. Au-delà de la loi du plus fort, il y la conséquence de cet axiome qui dit qu’à la longue, l’épée est toujours vaincue par l’esprit. Il convient donc, pour le pouvoir, de se maintenir à la fois par l’épée et par l’esprit. Quand, par exemple, Nicolas Sarkozy sacrifie au mythe fondateur du gaullisme - la Résistance - il ne fait pas autre chose que d’étayer les bases du pouvoir : la morale de la bourgeoisie justifie la force qu’elle va employer pour défendre ses privilèges. Il résulte de tout ceci qu’un mouvement révolutionnaire peut se satisfaire d’une faiblesse de moyens mais jamais d’une faiblesse d’idéaux. Que la clarté, la cohérence sont ses armes. Le pouvoir peut être infiniment plus fort, il peut faire preuve d’une férocité inouïe pour défendre le capitalisme ; jamais il ne faut lui abandonner le terrain de la légitimité. C’est précisément en cela, que les para libertaires et l’extrême-gauche ont été et sont les complices du pouvoir. En caricaturant et en dé-savouant les manifestants du 6 mai au soir, ils ont octroyé au pouvoir cette légitimité qu’il recherche en permanence. Au contraire, les manifestants qui se sont placés au-delà de la loi du nombre, au-delà de la loi du plus fort, se sont dressés pour la défense de grands principes et de grandes valeurs. Spontanément, ils ont retrouvé les caractéristiques historiques d’un renversement futur de situation.

Jacques (CNT-Toulouse)