justice express

Jeudi 13 novembre 2008, par cnt // Justice/Injustice

La justice, c’est selon. Ça peut attendre tranquillement un demi-siècle pour juger certains (Papon), et ça peu prendre à peine quelques minutes pour expédier les autres.

Voici ce qui vient de se passer pour un sans-papiers de mes voisins. Pris dans un contrôle systématique, amené au commissariat, il est aussitôt présenté au "Juge des libertés et détentions". Le Juge confirme direct l’intuition policière : expulsable ! Dans la foulée, moins d’une ou deux après, présentation au Tribunal administratif. Le juge a le dossier en mains et semble écouter comme moi quand je regarde la télé, en interrogeant doucettement l’avocat (on a du mal à entendre ses paroles même au premier rang). C’est expédié en trois coups de cuiller à pot. Un artisan te donne du travail ? C’est illégal. Ta fiancée est française ? T’es illégal, t’as pas droit au mariage. Toute ta famille est ici (jusqu’aux cousins, oncles, nièces) certains même sont nés ici. Et alors ? Alors ? Le juge administratif dit "Virez-le", pas comme ça bien sûr mais en termes "comme il faut". La gent poulaga te remmène pour un deuxième tour devant le juge des libertés et des détentions - qui suit sa routine : il confirme la décision de son collègue administratif. Direction le centre de rétention administratif pour être expulsé.

Heureusement, ton avocat fait appel tout de suite. En attendant, tu pars avec tes deux policiers. Pour l’appel, pas de perte de temps : dès le lendemain, tu y passe et vite : ça a duré 5 mn, montre en main. Ton sort est confirmé : expulsé ! En tout et pour tout, ton sort s’est joué en disons 1 heure de tribunal ou même moins (plus le temps des déplacements entre le centre de rétention et les deux tribunaux, c’est le plus long). Ça fait court, une petite heure, quand une vie est en jeu.