Manipulations : A qui profite le crime ?

Dimanche 24 mai 2009, par cnt // Justice/Injustice

Le 30 mars dernier dans le département des Pyrénées Orientales, deux militaires de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure, des services secrets) ont trouvé la mort dans une séance d’entraînement.

L’exercice consistait à faire exploser une voiture, soit les conditions aujourd’hui tristement banales de ce qu’il est convenu d’appeler un "acte terroriste". L’actualité est ainsi émaillée depuis des dizaines d’années de sombres attentats à la voiture piégée dont seraient tour à tour responsables diverses organisations clandestines dite de lutte armée.

Le fait que des agents spéciaux des services secrets de l’état français aient trouvé la mort dans un exercice qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ce type d’attentat n’a pas fait les gros titres des journaux, n’a pas appelé non plus les commentaires d’experts militaires et curieusement n’a pas encore fait frémir les adeptes de la théorie du complot.

Pourtant cet accident qui s’est produit quelques jours à peine avant les manifestations anti-OTAN de Strasbourg et les bien troubles événements qui les ont accompagnés auraient pu interroger à plus d’un titre. Car si la DGCSE s’entraîne à la préparation d’attentats, c’est bien sur l’ordre de l’Etat. Pourquoi donc l’Etat français ressent-il le besoin que ses agents secrets soient exercés à la pratique de tels actes terroristes ? Il nous semble que le fait que nous vivions actuellement une période de crise sociale inédite appartient à la réponse : Cette crise est aussi et surtout, une crise idéologique dans laquelle la croyance au système est profondément remise en cause et en tant que telle ne peut évoluer que dans deux grandes directions : La maturation des esprits ou le pourrissement de la situation.

La première voie est nécessaire à la mise en route d’un processus d’élaboration et de réflexion collective autour d’une nouvelle société. Le pourrissement de la situation permet le renforcement de l’appareil de gouvernance au travers de sa re-légitimation morale. Il va de soi que dans le but de se sauver lui-même le pouvoir ne peut adopter que cette dernière stratégie. Si la temporisation que nous voyons mise en oeuvre par les politiciens et les syndicats est un procédé pour y arriver, un autre moyen, qui reste très classique, est l’exacerbation d’un sentiment d’insécurité dans la population. C’est comme cela que le pouvoir peut obtenir la ré-adhésion de l’opinion publique en la faisant passer de la révolte à la lassitude. Il se trouve que les diverses officines étatiques ou para-étatiques largement subventionnées possèdent un éventail considérable de techniques et de moyens pour aller dans ce sens. L’histoire nous fournit suffisamment d’exemples. Parmi les plus récents citons la manipulation de groupes de jeunes révoltés par un mouchard de la police lors de la provocation dite de la SCALA en 1978 à Barcelone (voir notre précédent numéro), ou bien l’attentat de la gare de Bologne en 1990 perpétré par des fascistes italiens en connexion avec des services secrets de ce pays. Ces actes qui ont provoqué des dizaines de morts nous montrent bien de quoi est capable le pouvoir pour influencer la population et la jeter dans les bras de ses oppresseurs.

Tout cela doit nous faire regarder attentivement les incidents survenus à Strasbourg le 3 et 4 avril dernier. Le fait qu’ils étaient largement prévisibles et l’exploitation démesurée qui en a été faite suggèrent déjà la préméditation de leur instrumentalisation par le pouvoir. Une autre chose accentue cette impression : Il s’agit de l’incendie d’un hôtel Ibis. La préfecture a justifié dans un communiqué de presse le 6 avril l’absence de réaction des autorités par la volonté de privilégier "la sécurité des personnes par rapport à la sécurité des biens". Ce choix avait été fait de longue date : les "biens sacrifiés" d’un côté, les "personnes en sécurité" de l’autre. Or, la préfecture ne pouvait pas ignorer qu’à l’hôtel Ibis, en plein milieu des "biens à sacrifier" elle avait sciemment logé six flics de la BAC, qui, ayant été de service la nuit, y dormaient au moment des affrontements et de l’incendie déclenché par on ne sait par qui. Ils ont eu le temps de fuir, mais avouez que, dans le cas inverse, 6 flics carbonisés par des manifestants, ça, cela aurait été de l’info et cela aurait justifié des mesures d’exception par le gouvernement.

Tout ceci invite à la vigilance : Que chacun fasse ce que lui dicte sa conscience et sa réflexion en se méfiant des "actions" dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants ! Et surtout qu’en toute circonstance sensible, il se pose chaque fois la question de savoir si ce qu’il va faire va dans le sens de la maturation des esprits ou bien dans celui du pourrissement d de la situation.
Théo