Serbie : Etat-étau, anti-anti-fa & vrais terroristes

Dimanche 2 mai 2010, par cnt // Justice/Injustice

Le 17 février dernier s’est tenue la première journée du procès des compagnons serbes inculpés de terrorisme international.

La charge de terrorisme n’a pas tenu : le chef d’inculpation a été requalifié en une accusation moins sérieuse, et ils ont été remis en liberté le soir même. Le procès a été ajourné et reprendra le 23 mars prochain. L’une des premières déclarations des compagnons a été de signaler qu’un des inculpés a été torturé par la police pour lui extorquer une confession signée.

Au tribunal, l’ambiance a été celle de la solidarité ; de très nombreux amis s’y sont rendus, certains arrivant de fort loin (Italie, Allemagne, Pologne, Bulgarie, Slovénie, Croatie...) La police n’a pas laissé entrer le public, qui a dû se frayer un chemin pour accéder à la salle d’audience.

Deux amis venus en soutien y ont été arrêtés pour avoir prétendument perturbé l’audience. Ils sont accusés d’ « obstruction à la justice » pour avoir arboré par la vitre donnant sur le prétoire un papier qui portait l’inscription au feutre : « L’Anarchisme n’est pas du terrorisme ». Ils ont été remis en liberté deux jours plus tard après avoir été auditionnés par le juge d’instruction. Leurs passeports (l’un est ressortissant croate, l’autre serbe mais résidant en Autriche) ont néanmoins été confisqués et ils doivent se présenter au poste de police tous les jours jusqu’à leur procès. Ils risquent une grosse amende ainsi qu’une peine allant jusqu’à trois ans de prison.

Le vendredi suivant, un concert de soutien (longtemps attendu) aux compagnons serbes a été interrompu à deux reprises. Une première fois vers minuit, suite à une alerte à la bombe, le club s’est rempli de policiers avec leurs chiens qui se sont retirés après avoir constaté qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Une heure et demie plus tard, le concert a été interrompu une nouvelle fois à cause d’un envoi de gaz lacrymogène à l’intérieur du petit club. Le public et les musiciens ont dû quitter la salle. Les témoins ont déclaré que la présence policière était particulièrement renforcée autour du lieu avant le concert, et bien qu’une heure et demie avant l’attaque au gaz lacrymogène ces mêmes policiers fouillaient le club, l’arrestation des auteurs des faits n’en a pas été facilitée pour autant.

Visiblement, l’échec de la première manche judiciaire n’a pas été apprécié dans les sphères du pouvoir serbe. Cette fois, après l’attaque du concert, c’est carrément une campagne appelant au lynchage des compagnons que les nationalistes serbes ont décidé de lancer. Dans l’immeuble où vit l’un des anarchistes, des affiches ont été placardées et mentionnent : « Fais la connaissance de ton voisinage - apprends à connaître les ennemis de la Serbie ». Elles font également figurer sa photo, accompagnée de menaces plus qu’explicites : « Il en existe pour les juger si le tribunal ne le fait pas » et « Nous savons où vous vivez, nous savons quand vous dormez ». L’affiche est signée « anti-antifa » et porte le symbole de la « fierté blanche » initialement popularisé par le Ku Klux Klan, puis repris par les néo-nazis à la place de la croix gammée, dont l’utilisation est punie par la loi. Lorsque des voisins ont signalé l’apparition de ces affiches, le policier de service a déclaré : « De quoi vous plaignez-vous si le monsieur de l’affiche ne le fait pas lui-même ? »

Le pouvoir et les nationalistes serbes cherchent manifestement à intimider les compagnons, alors que ceux-ci ont clamé leur volonté de faire la lumière publiquement sur les tortures subies pendant leurs six mois de détention . Quand on sait de quoi sont capables les nationalistes serbes, qui ont lynché sans vergogne le jeune supporteur toulousain Brice Taton en pleine rue et en plein jour, on ne peut que se sentir inquiet. En tout état de cause, il est clair qu’aujourd’hui l’État serbe est responsable de la mise en accusation de nos compagnons et donc à l’origine de cette campagne haineuse. Nous le tenons pour coupable de tout ce qui pourrait leur arriver.

Vasili

P.-S.

Dernière minute : Le 23 mars dernier voit la confirmation du changement de la qualification de l’acte d’accusation à l’encontre des 6 compagnons de Belgrade. Ils étaient accusés de "terrorisme international". Ils sont maintenant accusés "d’avoir causé un danger général". Lors de cette seconde journée du procès, sous les regards attentifs des médias, les compagnons ont de nouveau nié leur culpabilité. L’un d’eux a déclaré que la valeur estimée à 18 euros des dégâts subis sur le bâtiment de l’ambassade de Grèce montre à l’évidence qu’on leur fait un procès politique, l’enquête ne disposant même pas d’éléments pour les accuser d’avoir "causé un danger général". Suite du procès, le 23 avril prochain avec l’audition de témoins, le réquisitoire et le plaidoyer.