A propos d’un communiqué de la Fédération Anarchiste (groupe d’Amiens)

Dimanche 6 octobre 2013, par cnt // Divers

La vie du mouvement libertaire connaît, hélas, bien des méandres. Nous reproduisons ci-après un communiqué public du groupe d’Amiens de la Fédération Anarchiste car il cite la CNT-AIT. Nous nous empressons de souligner que, bien que ces individus s’affublent de notre sigle, il ne s’agit nullement de la CNT-AIT mais d’un groupe d’individus qui nous a fait subir (entre autre) les mêmes manipulations que celles dénoncées ici (voir note ci-après).

COMMUNIQUE

Le groupe Alexandre Marius Jacob de la Fédération Anarchiste quitte le Collectif Libertaire Amiénois, constitué du syndicat de la CNT-AIT d’Amiens, du groupe Marius Jacob et d’individuels.

Ce départ répond à un coup de force. Il y a peu, quelques « copains » du Collectif, principalement de la CNT-AIT, ont décidé d’annuler une réunion, prévue collectivement de longue date, sans consultation préalable des autres militants et en mentant, prétextant l’impossibilité de réserver une salle. Ces personnes avaient prévu à la place de se rendre à un débat sur le nucléaire à Lille, en décrétant la suppression pure et simple de ce rendez-vous mensuel. Outre les publications récurrentes de tracts signés du Collectif sans consensus préalable, cet acte autoritaire n’est pas accidentel : le dernier remonte à mai 2013, lorsque ces « libertaires parmi les libertaires » ont entamé les démarches nécessaires pour que le Collectif Libertaire Amiénois participe à la Foire à l’Autogestion de Montreuil, sans en informer qui que ce soit en interne.

Rien de nouveau du côté des méthodes. En effet, celles-ci avaient déjà amené les copains et copines à l’initiative de ce petit regroupement affinitaire à le quitter. Et elles sont connues publiquement : lors de différentes entrevues et prises de contacts locales, les camarades rencontrés ont clairement stipulé leurs refus catégoriques de travailler avec ces mêmes membres du Collectif.

Ce retrait s’explique aussi par la nécessité de mener d’autres réflexions et luttes (antisexisme, antifascismes, anticapitalisme...), au moins aussi importantes que celle contre « La Technologie », décrétée seule « valable » par ces individus au sein du Collectif. Si le besoin d’une critique des technologies est évident, le groupe Marius Jacob refuse définitivement qu’elle se fasse en usant de discours qui mélangent ressentiments et divagations réactionnaires, et en promouvant des thèses ouvertement sexistes et teintées d’essentialisme (dont une des principales sources d’inspiration est « La société industrielle et son avenir » de Théodore Kaczynski).

Le fossé idéologique et pratique est incomblable. Le groupe Alexandre Marius Jacob se désolidarise donc de ces quelques personnes en quittant le Collectif Libertaire Amiénois.

Groupe Alexandre Marius Jacob de la Fédération Anarchiste,
11 Septembre 2013.

NOTE DE LA REDACTION

Le Congrès national de 2011 de la CNT-AIT s’est trouvé dans l’obligation d’exclure sa structure d’Amiens. Pour deux grandes raisons d’une part cette structure a multiplié les irrégularités de fonctionnement (refus de cotisation depuis… 2008, nombreuses attaques contre divers syndicats de la CNT-AIT en particulier ceux de la région Normande, manipulations diverses), mais surtout, nous avons constaté que cette structure (qui fut réellement un syndicat actif dans le passé) était devenue, progressivement, insidieusement et à notre énorme surprise, un groupe de diffusion des thèses néo-nazies de Th. Kaczynski. Dès 2005, le STCPP (un syndicat de Paris) s’était étonné, à juste titre, de trouver sur les tables de presse du syndicat d’Amiens des ouvrages de cet auteur. Loin de les retirer ou d’éclaircir la situation, Amiens et Essonne (syndicat également exclu en 2011) mettront en œuvre « par en dessous » les mêmes méthodes abjectes que dénonce aujourd’hui le groupe de la FA pour tenter de déstabiliser toute l’organisation. Ils y ajouteront force calomnies, menaces, insultes, mensonges… et même un appel à l’autodafé d’une brochure leur déplaisant (celle sur les OGM)… Un des chevaux de Troie utilisés par ces individus a été une coordination anti nucléaire sans grand retentissement mais qui leur a permis un travail de sape par l’extérieur, complétant celui mené en sous main de l’intérieur. Pour en finir avec ces tristes individus, recommandons la lecture de l’article «  Ce monde est détestable certaines de ses critiques tout autant  » (Jean Picard, Anarchosyndicalisme ! n°121, consultable dans son intégralité ) qui a largement contribué à la prise de conscience par les milieux libertaires de la dangerosité de ce primitivisme de type néo nazi diffusé par ces groupes d’Amiens et de l’Essonne qui usurpent allégrement le sigle CNT-AIT.

Nous en reproduisons ci-après quelques extraits  :

Ce monde est détestable certaines de ses critiques tout autant 

Face au constat que la technologie dépossède l’homme de sa liberté en le rendant esclave de celle-ci, reprenant le mythe du bon sauvage (de l’homme heureux et libre à l’état de nature), certains encensent la nature, parée de toutes les vertus. Ils feignent d’ignorer la dureté, la violence, les cataclysmes, le mortifère, la prédation,… de cette nature primitive.

Confrontés au Moloch qu’est la société capitaliste aux aspects totalitaires, étouffants, inhumains, à une vie sans joie, ils prêchent et fantasment un retour à une vie simple, prétendue naturelle, félisse et sans technologie.

Ils oublient que l’absence de connaissance de ce qu’est la psyché d’un primitif les prive de savoir sur sa personne, sa psychologie, son « étant ». Ils oublient tout autant que tout discours est élaboré dans le prisme de son épistémè. Partant de là, l’homme moderne n’est pas confronté à la même réalité (et vraisemblablement au même jugement et rapport vis-à-vis de la nature) que l’homme primitif.

Si la critique des choix technologiques, politiques, économiques, éthiques, idéologiques etc., est justifiée, devons nous le faire sur les arguments tendancieux d’un passé inventé ou reconstruit  ? Prenons garde à ne pas nous fourvoyer !

Parmi tous les courants qui prônent ce retour à la nature, mon article analysera les affirmations de Théodore Kaczynski, dit Unabomber, parce que, par ignorance, naïveté ou manipulation, certains qui se prétendent anarchistes, en font la promotion, bien que son discours soit truffé de références qui sont - au choix - nazis ou fascistes  : anti-progressisme, eugénisme (volonté d’empêcher la dégénérescence de la «  race » ! ), minorité dirigeante, innéisme (comme s’il existait un gène des comportements et des inégalités), déterminisme absolu des structures biologiques et sociales, rejet de la conscience ou de l’idéologie comme imaginaire instituant, affirmation que la justice sociale installe le despotisme, usage spécieux du naturalisme et de l’histoire, double discours pour manipuler la masse, etc. Cela n’est pas totalement nouveau  : je ne crois pas inutile de rappeler que de nombreux précurseurs et inspirateurs du nazisme et du fascisme se disaient naturalistes, écologistes…

J’ai lu la traduction de l’Encyclopédie des nuisances du livre de Kaczynski sur « La société industrielle et son avenir » ainsi que la traduction de J.M. Apostolidès de ce même livre. Ce dernier traduit «  gauchiste  » quant l’encyclopédie indique «  progressiste  ». Suivant le traducteur, la critique porte donc sur les gauchistes ou sur les progressistes, ce qui n’est pourtant pas tout à fait la même chose. En Europe, le «  progressisme  » incorpore une partie de la droite, la gauche et son extrême, l’anarchisme ; le gauchisme l’extrême gauche et les anarchistes. Ces catégorisations, que nous ne partageons pas nécessairement, sont peut être arbitraires mais usuelles. On comprend l’impact des ces vocables, j’invite au double usage de ces mots.

Pour une lecture plus limpide les chiffres entre parenthèse renvoient aux versets de la traduction de l’Encyclopédie des nuisances (texte en italique, en retrait), mes réponses suivent (...)

« (6) Le progressisme est une des manifestations les plus répandues de la folie de ce monde. (10)… auto dépréciation, impuissance, culpabilité, haine de soi sont ses traits. (15)… il hait l’image de force, d’habileté, de réussite. Il déteste la civilisation occidentale, les blancs masculins, la rationalité, les États-Unis en raison de leur force et réussite. (16)… Il est anti-individualiste, pro collectiviste, refuse la compétition car il est minable. (18)… dévalorise la raison, la science, la réalité objective. Il rejette le concept de maladie mentale et la mesure du QI, les explications génétiques du comportement et des capacités humaines qui font apparaître la base des inégalités ; il prétend que cela est produit par la société et l’éducation  ».

De tels propos constituent une théorie bio-fasciste. Selon elle, les inégalités sociales sont naturelles  ; les hiérarchies, les rapports de domination, etc., sont l’expression du génotype ! Kaczynski devrait approfondir ses connaissances en génétique et s’intéresser au phénotype et la phénocopie : l’expression des gènes est sensible à l’action externe ! Pratiquement tous les biologistes et généticiens rejettent la vision bio-fasciste. Pour eux si certains traits sont génétiquement transmis (innés, héréditaires), les grandes compétences, notamment celles entrant dans la fonction cognitive sont d’espèce. (...) De plus certaines de ses fonctions sont potentielles  : non stimulées ou non utilisées, elles sont muettes ou atrophiées. Puisque la génétique ne valide pas cette thèse du gène comme base des inégalités ou des comportements, l’origine en est à chercher dans le social, l’éducation, l’idéologie, la sociologie, la psychologie etc., qui offrent bien des réponses. Comment expliquer si non, par exemple que suivant le système social, l’illettrisme et les inégalités soient si différents d’un pays à l’autre  ? Si l’action et la volonté des hommes butent, comme l’écrit Kaczynski, sur le déterminisme du gène, la liberté deviendrait impossible en matière sociale. (...)

« (20)… par masochisme il [le progressiste, le gauchiste] provoque la police pour se faire mal traiter. (229) Il est favorable au contrôle des armes, à l’éducation sexuelle, la pédagogie avancée, la planification, le biculturalisme, la victime. Il s’oppose à la violence, la compétition. Il aime les poncifs de gauche : racisme, sexisme, homophobie, capitalisme, impérialisme, néo-colonialisme, génocide, progrès et justice sociale. Il sympathise avec les mouvements : féministes, homos, minoritaires, handicapés. (214)… un mouvement défendant la nature et combattant la technologie doit être résolument anti-progressiste (...) »

L’idéologie de Kac-zynski apparaît clairement pour ce qu’elle est : très réactionnaire est d’extrême droite.

« (95)… les monarchies indiennes de Nouvelle-Angleterre, de nombreuses villes de la renaissance italienne étaient des dictatures. Par manque de moyens de contrôle, la liberté individuelle était plus grande.
Voici maintenant la théorie de la dépossession de la liberté par la croissance de la technologie. Selon elle, avant, nous étions plus libres. L’esclave et le serf, faute de moyens de contrôle, auraient relativement échappé à la tyrannie !
"

On se demande comment et pourquoi ces systèmes auraient alors pu durer sans contrôle social efficace et bien adapté à leur époque. A l’inverse, le contrôle par la technologie sophistiquée a failli face à certains groupes. Le retour à des sources humaines pour assurer le contrôle est acté. Ainsi, la critique des caméras de surveillance est faite sur le constat que la surveillance humaine est plus fiable. Aussi des maires, des enseignants réclament-ils maintenant des policiers et des surveillants. Les autocraties ou ploutocraties du passé savaient parfaitement réprimer ou contrôler la population. De plus Kaczynski n’a pas une vision sociale historique et culturelle de la liberté. Les cadres existentiels primitifs, antiques, du Moyen Age et modernes contextualisent le signifiant liberté. La liberté (individuelle, de l’enfant, de la femme, de l’esclave, du prolétaire, du citoyen etc.) et même le bonheur n’ont de sens ou d’existence que dans, et par un type culturel donné. Pour mon compte, je ne suis pas pressé de retourner aux époques vantées par Kaczynski, je ne suis pas sûr que les primitivismes actuels y tiendraient longtemps…

« (122)… même si le progrès médical était indépendant du système technologique, il produirai ses maux. Les traitements palliatifs des maladies génétiques, empêchent la sélection naturelle d’éliminer les porteurs. Ceux-ci se reproduisent et installent une dégradation génétique de la population. Restera comme solution massive, l’eugénisme ou thérapie génétique. (124)… la seule éthique protégeant la liberté est d’interdire l’ingénierie génétique.   »

Le refus du soin et l’eugénisme par la sélection naturelle des « sains » et des « plus forts », pour fortifier la race et éviter qu’elle dégénère, n’explique pas en quoi une différence génétique serait une infériorité. Ne juger de l’intérêt social, humain, voire biologique d’une personne que d’après un seul élément de son génome est une ineptie. Les nazis, eux aussi, évoquaient la sélection naturelle des plus forts, l’élimination des faibles et des tarés pour conserver la pureté de la race.