Le capitalisme, « En marche »

Lundi 24 juillet 2017, par cnt // Election

Après les longs mois du marathon électoral, l’heure du bilan est venue. Pour nous, le choix était simple : Refus pur et simple de prendre part à cette mascarade. Il n’en subsiste pas moins un certain soulagement quant à cette dernière vague d’élections. Ce refus est en cohérence idéologique avec nos principes d’autonomie et préserve la dignité de ceux qui récusent ce jeu de dupes. En revanche, les électeurs qui, la mort dans l’âme, se sont torturé l’esprit à propos d’un choix absurde afin de prêter allégeance au diktat de la Nation et du capital sont plutôt à plaindre. Entendons nous ici si, sur le fond, rien ne diffère réellement des précédentes, mais la tournure qu’a pris cette campagne électorale est, sur la forme, une caricature criarde de l’imposture des urnes. Nous avons assisté à un invraisemblable pot pourri d’hypocrisies, de mépris et d’arrogance, à un schisme flagrant entre les riches et le Peuple.

Lors de ces élections, toutes les composantes de la bourgeoise s’étaient mises en rangs serrés pour soutenir le candidat de leur classe. Dès son origine, le parti « En marche » s’est trouvé financé, sponsorisé et propulsé par les barons du capitalisme français. Les fonds récoltés par Macron sont venus des réseaux bancaires, de ceux des Hautes Écoles de Commerces, des patrons de start-up et des cercles de la finance. Ainsi, parmi les grands donateurs, il y a deux des plus grands dirigeants de la banque Rothschild dans laquelle Macron a travaillé trois ans, mais aussi de nombreux cadres de banques d’investissements et de société de gestion d’actifs. Il faut ajouter, à ceux-là, des dirigeants d’entreprises numériques ainsi que des avocats d’affaires. Même si cela demeure une évidence, il est bon de rappeler ce qu’est la famille « En marche », celle qui nous est présentée comme émanant de la société civile. La famille Macron, c’est celle de l’argent-roi, de l’exploitation décomplexée des travailleurs. C’est elle qui est coupable des crises financières passées et de celles qui ne manqueront pas de venir. Elle est composée des créatures les plus abjectes et amorales provenant du capitalisme.

Viennent, ensuite, les fantassins, les candidats aux élections législatives défilant sous la bannière « En marche ». Là non plus, pas de surprise, ce sont des bourgeois et des grands bourgeois. Ils étaient 525 candidats. On y dénombre 87 enseignants ou dirigeants d’établissements, 43 professions médicales (médecins, kinésithérapeutes…) plus 10 autres liées à la santé (directeurs d’établissement ou de laboratoire), 28 avocats, 8 ayant une autre activité juridique, 17 ingénieurs. La branche « conseil » est également sur-représentée. Ainsi, 71 candidats exercent une activité de « consulting ». 32 candidats travaillent dans la banque ou l’assurance. Parmi les candidats, 156, donc un tiers d’entre eux, possédaient leur propre entreprise, cela sans prendre en compte les sociétés civiles immobilières. Dans ces « nouveaux visages », 50 ont fait Sciences Po, 44 sortent d’écoles de commerce, 10 de l’ENA, 9 sont représentant d’HEC et 8 de l’Essec. Aucune absence de remise en question théorique de la démocratie représentative ne peut être plus parlante que celle de ces « nouveaux visages ». Voyez où mènent les élections ! A des élus qui ne représentent que la classe des nantis et des exploiteurs. Ils sont la nouvelle noblesse qui se transmet, par héritage, les rênes du pouvoir et les richesses que les travailleurs créent. Est-ce cela que désignent les mots « Démocratie » et « pouvoir du Peuple » ? Mais où est donc le Peuple dans tout ça ? Où le voyez vous, ici, représenté ? Vous n’avez sur les bancs de l’assemblée que les mignons du capital et de l’exploitation. Ils représentent, tout au plus, les 20 % les plus riches de la population.

Nous pouvons compléter le tableau en y ajoutant les transfuges des autres partis politiciens. Dans leur volonté de maintenir leurs privilèges (ceux de leur classe et leurs intérêts personnels) bon nombre de professionnels du marché politique n’ont pas hésité à quitter leur ancien clan politicien pour aller grossir les rangs du capitalisme « En marche ». En effet, près de la moitié des candidats de « En marche » avait déjà exercé un mandat d’élu. Il faut y ajouter les candidats « malheureux » aux précédentes élections, ainsi que les membres de cabinets d’élus. Au final, c’est près des 2/3 des candidats de « En marche » qui gravitaient déjà autour de la sphère de la politique spectacle.

Dans sa conquête du pouvoir, le p’tit Macron a également pu compter sur les sociaux traîtres ordinaires. Bien entendu, pour le Medef, seuls « ... deux programmes allaient dans le bon sens, celui de François Fillon et celui d’Emmanuel Macron [...] ». Jusque là, rien d’anormal dans sa déclaration. Mais, encore une fois, les syndicats réformistes ont parfaitement joué leur rôle, assassinant les pauvres en leur tournant le dos. CFDT, CGT, CFTC, et FSU, tous ont appelé à « faire barrage » à l’extrême-droite, au second tour. Ils ont invité les gens à aller voter pour l’autre candidat, c’est-à-dire Macron. Ici, aucun appel à la grève générale et aucun appel à faire barrage au capitalisme ! Souvenez-vous des manifestations contre la loi travail de l’an dernier, ils tentaient de nous démobiliser en nous invitant à aller voter aux élections qui allaient suivre. Et vers qui nous orientent-ils, aujourd’hui ? Vers celui-là même qui avait concocté ce méprisable projet contre les travailleurs.

Dans cette course à l’ignominie, c’est néanmoins aux mass-medias que revient la palme. Eux, aussi, roulent pour la classe des privilégiés en faisant tout pour maintenir d’aplomb ce vieux monde dont ils profitent tant ; ils font preuve d’un profond mauvais esprit ainsi que d’un flagrant manque d’objectivité. Rien de bien nouveau, nous direz-vous. Nous savons, depuis longtemps, comment ils couvrent les événements sociaux, les manifestations et les mouvements de contestation. Nous savons à quel point ils aiment à diffamer et salir l’anarchie et la lutte des classes. Mais, ici, ils ont dépassé toutes les bornes. Présentement, ce n’est pas seulement aux militants engagés dans la lutte et dans la rue qu’ils ont craché au visage, mais aux 80 % des gens les plus pauvres. Bien entendu, le discours de l’extrême-droite est haineux, identitaire et xénophobe. Bien entendu, il ne cherche qu’à diviser la classe des travailleurs et à séparer ceux qui sont « dedans » de ceux qui sont « dehors ». Mais, faire l’apologie du capitalisme et prendre sa défense bec et ongles comme les medias l’ont fait (donc sans émettre aucune critique), c’est en dessous de tout. C’est d’une évidence telle que tout un chacun peut constater leur prise de position.

Après une telle campagne de propagande, et au vu de ce qu’ils sont vraiment, ils ne peuvent, désormais, inspirer qu’une profonde défiance. Ils ont tiré profit de la confusion qu’ils ont créée, maquillant la vérité selon leur bon vouloir, et ils précipitent sciemment la jeunesse dans les nébuleuses théories complotistes, toutes plus folles les unes que les autres.

Le FN a, lui aussi, comme à son habitude, joué son rôle d’épouvantail. Le message est simple, attention au « grand méchant loup ». Si vous ne vous soumettez pas à l’idéologie dominante, vous allez vous retrouver en enfer et, là, ça sera terrible. Encore une fois, c’est sur la corde sensible de la peur, de la terreur, qu’a été bâti le sentiment de la nécessité du vote.

Le rôle de Mélenchon, lui, est plus subtil. Son objectif est de faire accepter les règles du jeu à ceux qui en pâtissent. Le jeu des élections est biaisé et quel que soit le résultat du vote, les pauvres perdent à tous les coups. Une fois que vous avez accepté d’y participer, sa remise en cause en devient moins évidente, car il faut être « beau joueur », « bon perdant » pour garder bonne conscience. « Inconsciemment », vous acceptez votre défaite et vous vous dites que votre adversaire était meilleur ou plus légitime. Par ce biais, le système maintient l’espoir que nous pourrions changer les choses en suivant les règles du jeu qu’il nous impose ; l’espoir qu’un « sauveur » ou un « messie » puisse arriver sur son cheval blanc.

Une grand partie du « débat » des élections s’est focalisé sur l’Europe : pour ou contre. Mais, nous, nous n’en avons cure. Le point véritablement important, c’est la lutte du bas contre le haut, c’est la lutte des classes ! Ils font tout pour nous diviser, en fonction de la religion, des « origines », etc. Pendant ce temps, ils règnent sans partage.

Le gouvernement s’enorgueillit de sa large victoire sur les autres formations politiques. Il se gargarise d’avoir anéanti ses adversaires institutionnels. Mais il passe sous silence et tente de minimiser, tant que faire se peut, l’importance croissante du désaveu cinglant de son adversaire véritable : l’abstention du plébéien. Malgré manigances et intrigues, c’est une forte déconvenue que les abstentionnistes ont infligé aux partis bourgeois. Conscients d’être menés à l’abattoir, hermétiques au chant des sirènes, ils ont refusé de se soumettre. Ceci est un pas, un pas de plus, vers l’émancipation des travailleurs. Mais, si celui est nécessaire, il n’est pas suffisant pour autant. Car tant que nous ne nous lèverons pas solidairement pour créer un monde nouveau, le capitalisme « En marche » continuera sa route, impitoyable et barbare.

Nous le disons, encore une fois, que c’est à l’ensemble de la population de prendre le destin dans ses mains plutôt qu’à se laisser dicter un avenir toujours plus sombre par des banquiers et autres jésuites. Si le désespoir peut enfanter la révolte, celle-ci peut prendre des chemins tortueux. C’est, en effet, le désespoir qui a conduit Mohamed Bouazizi (événement déclencheur du printemps de Tunisie en 2010) à s’immoler. C’est, encore, le désespoir qui, à travers ses dédales, conduit des jeunes à croire les promesses d’un au-delà réservé à ceux qui se sacrifient en tuant pour le djihad. C’est, toujours, le désespoir qui dope le taux des addictions (drogue, alcool, boulimie, jeu, etc – toutes conduites des pro-suicidaires). C’est la mort et l’envie d’anéantissement qui côtoient le plus facilement le désespoir profond. C’est le spectre de la mort « salvatrice » qui nourrit les imaginaires fascistes et totalitaires, ainsi que l’obéissance aveugle à des entités prétendument transcendantales. C’est la peur non avouée de la mort, bien présente dans les recoins de la psyché, qui que nous renvoie l’imaginaire qui entoure le FN fasciste et qui sert de levier aux baratineurs professionnels de la politique.

En revanche, une Révolution sociale ne peut reposer que sur un projet de société qui émancipe l’individu par son universalité. Et, une perspective révolutionnaire ne peut qu’engendrer l’indispensable enthousiasme qui est nécessaire à enclencher une vraie dynamique de la vie. L’Histoire prouve que c’est possible. La révolution, c’est la vie contre la mort. La révolution est fille de raison, non de providence et de vœux pieux.