Gilet jaunes : vers un réveil de conscience ?

Samedi 13 juillet 2019, par CNT-AIT - Toulouse // Gilets jaunes

Avec la "crise" des gilets jaunes, nous avons pu constater, à notre plus grande surprise, un réveil du prolétariat. Certes, le chemin reste long à parcourir, mais renaît l’espoir que la classe des exploités prenne conscience de ce qu’elle est, qu’elle reprenne sa vie en main, en commençant par mettre à distance un certain nombre des engeances de la bourgeoisie. Et peut être que là, nous pourrons commencer à rêver…

i le capitalisme dure, perdure et se fortifie, c’est que le prolétariat mondial ne le détruit pas. La nécessité de s’organiser est évidente, le capitalisme ne peut fonctionner que par l’exploitation de l’homme par l’homme, et par là même maintenir la majorité de l’humanité dans une misérable réalité. Il faut beaucoup, beaucoup de pauvres dans le monde pour faire des riches, des très riches et des ultra riches.

La révolution sociale et libertaire n’est pas immédiate et facile, elle est longue, difficile, retardée, déviée... Il existe plusieurs types de mouvements sociaux de la classe laborieuse : cela va des simples protestations (comme des mouvements de grève ou des manifs de rue, qui s’opposent aux patrons, ou au gouvernement voire parfois aux deux ) jusqu’aux mouvements beaucoup plus généraux et souvent plus violents qui globalement, s’attaquent à l’ordre bourgeois. Ces derniers partent de revendications générales légitimes - comme par exemple la révolte des quartiers populaire de 2005 contre les violences policières et les discriminations, ou encore les gilets jaunes sur les conditions de vie- pour arriver à une situation potentiellement révolutionnaire.

Pendant la colère des gilets jaunes, les journaux bourgeois n’ont pas hésité à regretter le bon vieux temps où les ouvriers auraient été tous (NDR : tous ?) encartés à la CGT et au PCF. Tout est bon pour la bourgeoisie pour diviser et re-polariser la société en différentes antagonismes : droite contre gauche, antifascistes contre fascistes, libéraux contre anti libéraux, front populiste contre front nationaliste, islamistes contre chrétiens, républicains contre monarchistes, et la liste n’est pas exhaustive.

Ce ne sont que des stratagèmes utilisés par le système pour réorganiser et asseoir la domination bourgeoise sur le prolétariat. La remise en question de la société et du système économique est donc désamorcée.
C’est l’atomisation du prolétariat et sa canalisation dans la société au service d’une lutte d’une fraction contre une autre afin de transformer la colère sociale en colère sociétale, la colère prolétarienne en négociation à l’intérieur de l’état. La remise en question de toute la société se mue en une vulgaire remise en cause d’une forme particulière de domination.

En effet, la clé de la contre-révolution bourgeoise, est l’atomisation du prolétariat et sa canalisation dans la société au service d’une lutte d’une fraction (bourgeoise) contre une autre fraction (tout aussi bourgeoise) .

Force est de constater que le tour de force de la bourgeoisie est d’avoir réussi à disqualifier toutes formes de contestation prolétarienne. Ils ont tellement bien réussi à nier l’existence du prolétariat au niveau mondial, que les ouvriers et employés eux-mêmes s’imaginent ne pas en faire partie. Au contraire, ils pensent appartenir à la "classe moyenne" -terme douteux qui sent bon l’inter-classisme- et ne conçoivent pas le moins du monde qu’ils sont exploités par l’état et le capital : c’est l’inconscience de classe !
Il existe une escroquerie, qui voudrait faire nous croire qu’un prolétaire est forcément un ouvrier d’usine ou du bâtiment. Beaucoup d’employés, semble-t-il, croient qu’ils ne le sont pas ! Quand il y a une grève dans une usine, les ouvriers y participent mais peu d’employés les rejoignent car ils ne se sentent pas concernés par les revendications. Nous observons le même phénomène avec les chômeurs, les paysans, les auto-entrepreneurs, d’autres se sentiront moins concernés par la question de leur classe parce que Femmes, ou d’autres encore qui ressentent l’oppression raciale, plus déterminante que leur classe. Ce sont exactement toutes ces négations de classe qui consolident cette caricature bourgeoise qui veut qu’un prolétaire soit forcément un ouvrier de l’industrie, de sexe masculin, blanc, hétérosexuel et donc raciste et machiste, bien entendu...
Une autre escroquerie est de faire croire que les écoliers, les étudiants, les lycéens et plus généralement tout un secteur de la société qui ne vend pas encore sa force de travail, s’imaginent flotter entre deux classes sociales, et se pensent moins prolétaires que l’ouvrier qui vit à coté d’eux ou avec eux sous le même toit. Ne nous y trompons pas, tout ce qu’on désigne par culture et éducation est destiné à produire des futurs travailleurs avec une conscience de citoyen, des producteurs avec l’idéologie de "consommateurs". Malheureusement, cette frange de la population se croit mieux éduquée et surtout plus libre que leurs aînés : ils ne se font jamais manipulés eux ! Surtout pas quand on à BAC + 3 et qu’on mange bio ! Le drame est que plus ces gens se croient libres, qu’ils s’imaginent ne plus avoir aucun lien avec la classe ouvrière, plus ils seront soumis et dociles par rapport à leur propre exploitation, comme on leur a inculqué dans les facs et écoles.
De même, il est naïf de croire les discours de la bourgeoisie et de l’état, sur un ton misérabiliste tiers-mondiste, qu’il existe plus malheureux ailleurs. La misère et l’exploitation des prolétaires à l’autre bout du monde est aussi notre problème. Le système utilise ce type de discours pour liquider toute solidarité au nom de la pauvreté, "et qu’ils sont plus malheureux que nous." Les ONG, les églises, les états utilisent les procédés comme envoyer de la nourriture ou du fric, à condition que ces prolétaires du bout du monde abandonnent leurs combats légitimes, et que la "démocratie" s’installe, et que se perpétue ce système économique ad vitam æternam.

Le mouvement des gilets jaunes a été révélateur de l’état de déliquescence de la gauche et de l’extrême gauche en France. Au nom de l’antiracisme/antifascisme, nous avons pu lire des anathèmes, anti gilets jaunes, et nous avons pu constater une fois de plus la vraie nature de la sociale-démocratie, du trotskisme, d’un certain féminisme ou bien encore du syndicalisme "officiel et représentatif". Au nom d’une certaine pureté idéologique, ils ont condamné un authentique mouvement populaire, et potentiellement révolutionnaire allant même jusqu’à défendre l’état et la bourgeoisie, en relayant les infos des préfectures (NDR : sur le nombres de manifestants sous évalué !) ou celles des grands médias, qui sont les voix officielles de la bourgeoisie française.

Je suis sûr que si les gilets jaunes avaient été tous des adhérents de la CGT ou de FO ou même encartés dans un grand partie politique de "gôche" (et d’ailleurs, combien y a-t-il de racistes et d’antisémites dans ces syndicats et partis ?), nous n’aurions certainement pas eu droit à toutes ces accusations plus ou moins crapuleuses contre ces prolétaires.

Accusation crapuleuses car, après plus de 6 mois de gilets jaunes, on ne peut pas dire que les fascistes et les antisémites aient réussi à gangrener le mouvement. Au contraire ils se sont fait jeter de quasiment partout preuve qu’il faut faire confiance à l’intelligence collective des prolétaires. C’est ce que Proudhon appelait "la capacité politique des classes ouvrières".

Si ces braves gens de gôche qui rêvent de révolution, mais de révolution pure idéologiquement (et avec des gens comme il faut, poli et bien élevé...) et sans se coltiner avec la réalité, alors ces gens-là n’ont rien compris à ce qu’est une révolution.