Point de vue sur le capitalisme et ses contradictions

Jeudi 1er octobre 2009, par cnt // Economie

« La propriété, c’est le vol »
(Pierre-Joseph Proudhon)

L’histoire du capitalisme réside dans l’existence
de la plus-value
(Vision marxiste)

L’idéologie bourgeoise repose sur l’exploitation
de l’homme par l’homme, qui induit une société
inégalitaire et le capitalisme. Pour ces trois raisons,
une grande partie des entités économiques
appartiennent à des propriétaires privés que sont les
capitalistes. Le but est de vendre une marchandise
plus chère que son coût de départ pour obtenir le
profit suivant le paradigme :

Capital variable [1]

+ Capital constant [2]

= Capital organique

+ Autres coûts intermédiaires

+ Profit [3]

= Valeur de la marchandise

(prix de revient + bénéfices

=Prix de vente).

Tant que le CA (chiffre d’affaire) et les divers
postes comptables permettent une distribution satisfaisante
du revenu primaire (capital variable + PV),
tout va pour le taux de profit (PV divisée par le
capital organique).

Mais une rente usuraire dégrade
 : l’accumulation → capital organique → capital
constant → compétitivité → capacité de production
→ capital variable → volume de production →
besoin de reproduction de la force de travail. De
même, une hausse de la valeur de la force de travail
gonfle le capital organique et entraîne une baisse de
la PV, donc de l’investissement (sur-accumulation)
et de la rente.

Plusieurs solutions s’offrent aux capitalistes pour
rétablir les marges, le CA et la PV (positifs) ; ils
peuvent les utiliser de façon séparée ou concomitante
 :

1) augmenter le capital social (ou juridique),
soit par ses fonds propres, par la rente ou en faisant
appel à de nouveaux propriétaires (actionnaires, par
exemple), soit en trouvant des investisseurs (obligations
FCP) ou des prêteurs (crédit). En bonne
logique capitaliste, ces placements se font contre
des bénéfices et génèrent des coûts financiers.
L’activité économique de la structure se doit de dégager des excédents d’activité. A défaut, il y a
crise de sur-accumulation.

2) élever le taux de profit par une amélioration
de la productivité de la force de travail, tout en
jouant sur le capital constant pour dégager la PV. Ce
qui équivaut à réduire les coûts de production pour
que le capital organique donne une meilleure PV :
soit à même capital organique, la production hausse,
soit on la maintient, en baissant le coût du capital
organique. En revanche, les gains de productivité
subissent la limite « physique » et l’usure du
capital organique : reproduction de la force de travail
et du capital constant.

3) acquérir ou fusionner d’autres entités économiques
(concentration capitaliste) pour favoriser
une économie d’échelle, car certains coûts de
production restent identiques ou quasi tels, quelque
soit le volume d’activité (Par exemple si le coût du
chauffage est de 10 pour mille de la production d’un
atelier et si la production de cet atelier double, le
prix du chauffage restera inchangé en valeur absolue
et donc, en proportion, il chutera de moitié par
rapport à la valeur de la production).
Un constat s’impose : le travailleur est spolié
d’une partie de son travail par la PV. C’est dans les
rapports entre « profit/capital organique » ou
« capital/travail » que les crises du capitalisme et en
partie de nos sociétés s’expliquent. Ce d’autant que
le capitalisme est devenu la forme générale de l’économie.
Dès lors, l’activité séparée de chaque
entité économique (micro-économie) est liée à la
macroéconomie (démographie, niveau de développement
et culturel, cadre idéologico-politique,
mode de vie, formation scolaire, qualification de la
main d’oeuvre, état du marché, situation de l’économie
générale...)

La structure capable d’organiser
cela sur le plan administratif et législatif est l’Etat.
En ce sens, la bourgeoisie n’est pas limitée aux
seuls capitalistes, mais incorpore les dirigeants et
cadres supérieurs : des entités économiques privées
ou publiques, des partis, des syndicats, des parlements,
des administrations, des organismes paritaires
ou cogestionnaires, etc. Tout ce qu’on appelle la
technostructure.

Pour juguler la crise de 1929, la bourgeoisie a
lancé une politique, qualifiée par certains de socialdémocrate,
en mélangeant : fordisme, keynésianisme,
libéralisme, protectionnisme, libre-échange,
prix du marché ou conventionné. L’Etat et ses partenaires
pondant un cadre législatif qui permit la croissance,
le marché intérieur et le capitalisme dans un
cadre national.

Après la Seconde guerre mondiale, les tensions
impérialistes (« Ouest » et « Est »), coloniales
(« Nord » et « Sud ») et sociales (lutte des classes)
sont encore vivaces. Chaque camp doit maintenir
une cohésion interne s’il veut triompher. Pour celui
correspondant, plus ou moins, à l’Ouest (avec
quelques pays du Sud), cette politique doit transcender
les intérêts des classes sociales pour s’instituer et
pacifier les rapports sociaux. La bourgeoisie de droite
agit pour que les capitalistes réduisent la rente
pour accroître le pouvoir d’achat. Par les syndicats,
celle de gauche intervient pour canaliser les exigences
trop fortes des salariés et prévenir les poussées
révolutionnaires, afin que ces premières soient intégrables
par le système. C’est le pacte fordiste ou
compromis historique.

Parallèlement, en binôme ou en conglomérat, les
Etats passent des accords qui élargissent le marché,
la concentration et l’accumulation. C’est l’accélération
du processus dit de « mondialisation » (GATT,
CEE, CNUCED, OCDE...). Protégé et soutenu dans
un cadre national, le capitalisme prospère et se structure
sous la forme d’oligopoles ou de monopoles.
Les Etats et leurs annexes (collectivités territoriales,
conseils et divers organismes de gestion, etc.)
deviennent des acteurs économiques de premier
plan : monnaie, fiscalité, propriété économique étatique
(nationalisation ou noyau dur).

Au cours des années 70/80, le système entre dans
une nouvelle crise. Le marché national est saturé
(production plafonnée aux taux de renouvellement),
soit obsolescent (produit dépassé), étroit (trop de
concurrence et pas assez de demande pour rentabiliser
l’investissement), peu porteur (faible pouvoir
d’achat global). Résultat : certains secteurs périclitent.
Ainsi, pour l’UE (ex-CEE) en moyenne annuelle :

Années 1960 à 1970 1970 à 1980 1981 à 1990 de 1991 à 2000 2001 à 2008
PIB 4.70 % 2.20 % 2.30 % 2.08 % 2.00 %
Inflation 3.80 % 10.60 % 9.60 % 5.92 % 2.00 %
Années 1960 à 1970 1970 à 1980
Croissance de l’emploi 0.30% 0.10 %
Chômage 2.40 % 2.80 %

Un autre repère, la formation de capital fixe :

Années 1960 à 1970 1986 2006
UE (ex-CEE) 22.10 % 18.50 % 14.00 %
USA 18.00 % 15.60 % 19.00 %
JAPON 32.40 % 27.90 % 25.00 %

Pour sortir de ce marasme, deux schémas s’affrontent :

1/ L’un affirme le rôle prédominent de l’État et
préconise :

  • d’augmenter la fiscalité pour réaliser des investissements,
  • de redistribuer du pouvoir d’achat, afin de relancer
    la consommation et la croissance,
    de nationaliser les secteurs économiques stratégiques
    (énergie, technologie, alimentaire et financier),
  • de mettre sous la coupe de l’Étatles secteurs privés
    peu bénéficiaires, car, en éliminant la rente, la plus value
    même faible est suffisante, on peut même
    concentrer en monopoles ces secteurs pour qu’ils
    soient rentables. Il y a aussi cette arrière pensée bolchevique,
    formulée par Lénine et Trotsky, entre autres.
    D’après eux, la concentration oligopolistique se
    mue en concentration monopolistique d’État
    (quelques groupes contrôlant tout, y compris l’État).
    L’étatisation place ces monopoles sous le contrôle
    direct de hauts fonctionnaires (capitalisme monopolistique
    bureaucratique d’État). Il suffit que la population
    laborieuse confie à ses représentants la direction
    de l’État, qui devient du coup populaire ou prolétarien,
    pour que soit réalisé le socialisme (version
    URSS et ses satellites). Ce qui n’est au bout du
    compte que du capitalisme d’État, sa technostructure
    accapare l’ensemble des décisions et privilèges.
    Les inégalités et les classes sociales perdurent.

2/ L’autre veut la propriété privée dans le
cadre de l’économie concurrentielle régulée par
le marché
.

l’État doit se maintenir au strict nécessaire
(appareils répressifs). Cette tendance de la
bourgeoisie va réussir à imposer une politique libérale
et « mondialiste » pour le compte des capitalistes
intéressés (souvent des oligopoles nationaux ou
multinationaux). Ce qui implique de modifier les
cadres nationaux par des accords de libre échange
qui minorent le protectionnisme : c’est fréquemment
une régression des législations dites nationales,
voire une remise en cause de la protection sociale et
de la condition salariale. Les entités économiques de
l’État, très juteuses, sont privatisées et mises en
concurrence sur le marché qui se développe
(l’AGCS), des nouveaux bénéfices sont récupérés.
C’est une manière de soumettre l’économie étatisée
à la rationalité comptable du capitalisme libéral, car,
la fiscalité coûte cher et l’État dépense beaucoup
pour un piètre résultat. D’autre part, en réduisant
l’hégémonie de l’économie étatisée, l’équation léniniste
n’est plus valide. En effet, davantage protégés
(rémunération, garantie de l’emploi, non concurrence),
les salariés de l’État sont plus vindicatifs. Pour
remédier à cela, il faut les assujettir au même régime
que ceux du secteur privé et à la concurrence de la
valeur de la force de travail. A noter que le salariat
suit la même phase de la concentration capitaliste.
Dès lors, il peut constituer des groupes plus ou
moins puissants, en capacité d’imposer des conventions
collectives. Celles-ci concernent des fractions
importantes du salariat. Ce qui aboutit, par extension,
à ce que la valeur de la force de travail soit uniforme.
L’argument de perte de compétitivité et de
part de marché, causées par les coûts salariaux,
tombe. Par des montages juridiques complexes
(sociétés écrans, donneurs d’ordre, sous-traitances,
cartels, holdings, « toyotisme », etc.), les capitalistes
maquillent cette réalité oligopolistique et monopolistique.
Les capitalistes assurent des transferts de
capitaux (investissements directs ou par prêts) vers
les pays en voie de développement pour assurer
leurs propres marché et croissance. Le phénomène
des délocalisations favorise donc le développement
du pays d’accueil ; alors que dans le pays de départ,
il fait taire les moindres exigences des salariés par le
contrecoup du chômage (armée de réserve). Ce qui
force les salariés, mieux rétribués, à accepter une
diminution de leur condition salariale pour conserver
leur emploi. Il ne faut pas oublier que la valeur
de la force de travail afférente à chaque pays est
actuellement différente et renforce le phénomène
des délocalisations. Ainsi, les capitalistes garantissent
leur profit. Par le biais de la division internationale
du travail, les pays en voie de développement
(la périphérie) reçoivent des pays dominants (le centre)
leur production sénescente à forte main d’œuvre
peu qualifiée. Le coût de cette dernière, le niveau de
développement et d’équipement rendent ce type de
production solvable pour le marché des pays en voie
de développement. En même temps, les premiers
conservent celle à haute PV, qui nécessite une main
d’œuvre hautement qualifiée. Ce qui est adéquat à
leur macroéconomie.

En théorie, tout cela doit permettre un « cycle
vertueux »du capitalisme régulé par la « main invisible
du marché ». On sait maintenant que la situation
est loin d’être mirifique.
Partant de là, les capitalistes, les bourgeois, les
patrons, les prolétaires ou les salariés du privé ou de
l’État peuvent soit diverger soit converger, suivant
que leurs intérêts économiques pâtissent ou bénéficient
du libéralisme ou de la mondialisation.

Deux exemples :

  • lorsque Renault délocalise en Roumanie, les salariés
    de ce pays applaudissent et ceux de la France
    protestent ; mais, si les salariés de Roumanie achètent
    des produits fabriqués en France, les salariés de
    ces secteurs jubilent
  • les patrons et les salariés du textile protestent
    quand la Chine s’octroie ce type de production ; en
    revanche, comme la Chine achète des avions, le secteur
    de l’aéronautique est satisfait.
    Chacun se positionne ou repositionne selon le
    corporatisme et le court terme d’après ces deux
    agencements :
  • étatisme, protectionnisme, nationalisme, marché
    local,
  • et marché local, international, libre-échange,
    libéralisme.

Ces deux schémas divergent sur la forme, mais
pas sur le fond qui est l’oppression et l’exploitation.
Ils n’expriment que les intérêts et rivalités intercapitalistes
et inter-bourgeoises. Se positionner pour
les exploités selon l’un de ces deux schémas revient
à pratiquer la collaboration de classe, c’est-à-dire
défendre les intérêts des privilégiés.
La macroéconomie mondiale fait que chaque
économie territoriale est empaquetée dans un rapport
« export/import » qui s’exprime dans la balance
des paiements. Son observation révèle que la réduction
de l’import détruit de l’export. Ce qui fait que
nous sommes au milieu de gué. Aller en arrière (protectionnisme)
ou de l’avant (mondialisation) serait
tout aussi pénible globalement. La réalité est que le
capitalisme est rentré dans une nouvelle phase d’extension
et personne ne sait d’avance sa finitude, vu
les contradictions soulevées par sa logique. D’après
nous, le fond et la forme (multiple) du capitalisme
sont à détruire à la fois.

Membres CNT-AIT Caen, Été 2009

[1Capital variable : valeur individuelle ou collective de la force de travail ou coûts salariaux)

[2Capital constant : autres coûts de production : matières premières,machines, bâtiments...)

[3Profit : Plus-value (PV) affectée au besoin personnel du
propriétaire qui devient la rente ou qu’il réinvestit en capital
organique, ce qui produit l’accumulation ou MBA (marge brute
d’autofinancement)