CHOMEURS, ADOPTEZ UN MILLIONNAIRE

Lundi 29 juin 2015, par cnt // Economie

Malgré tous les engagements, malgré toutes les promesses, mois après mois le flot des demandeurs d’emploi ne cesse de gonfler. Chaque mois, on nous rejoue la même musique : patience, patience, la reprise est proche, serrez-vous encore un peu la ceinture, elle va venir, les chiffres montrent un frémissement…

PLUS DE 3,5 MILLIONS DE CHÔMEURS

Il faut pourtant reconnaître que ce gouvernement qu’il ne ménage pas ses efforts pour... plaire aux patrons. Petits ou grands, ils n’ont jamais eu droit à tant de considération. Jamais ils n’ont été autant écoutés, financés. Sous prétexte de les inciter à embaucher, l’État leur accorde des diminutions de charges, des crédits supplémentaires et rogne les maigres droits des salariés. Mais les patrons n’embauchent pas. Ingrats ! Pourquoi le feraient-ils ? L’augmentation incessante de la productivité (dégagée par les nouvelles technologies mais aussi par la pression exercée sur les salariés) dégage des marges confortables. Et, comme les pouvoirs publics eux aussi licencient, certes plus indirectement (par exemple en coupant les subventions aux associations) ou ne remplacent pas certains départs en retraite, le chômage a encore de très beaux jours devant lui. On a passé la barre des 3 500 000 chômeurs !

Si on ne peut supprimer le chômage, qu’on supprime les chômeurs ! L’idée n’est pas nouvelle. Aussi, les conditions pour toucher ses droits sont, d’année en année, plus restrictives. C’est que le statut de demandeur d’emploi serait trop attractif, qu’il faut donc pousser énergiquement le chômeur à rechercher des emplois. S’il n’en trouve pas, c’est qu’il ne cherche pas assez, c’est de sa faute. Pour continuer à percevoir ses allocations, le chômeur doit prouver de manière indubitable qu’il se démène. Pôle Emploi, de son côté, va essayer de montrer l’inverse. Un oubli ? Une erreur ? Le chômeur est rayé des listes. Un de moins.

Trouver les bonnes informations à Pôle Emploi (par exemple sur les droits rechargeables) s’apparente au parcours du combattant. Il faut dire que la charge de travail des employés de Pôle Emploi s’est considérablement accrue et leur rôle a été fortement modifié. Maintenant, c’est remplir des colonnes, cocher des cases, de manière à ce que la direction décide du sort de tel ou tel demandeur. La radiation est devenu un acte purement mécanique (ce qui est la définition même du « crime de bureau ») et l’avis des employés de Pôle Emploi n’est jamais sollicité. Résultat :le nombre des radiations flambe.

Le prétexte officiel est la « lutte contre la fraude ». Le pauvre, c’est bien connu, fraude. Le riche, lui, ne fraude pas. Il se trompe éventuellement. Il oublie. Il oublie de payer ses impôts. Il oublie qu’il a un compte dans un paradis fiscal. Il oublie de payer les cotisations sociales. Le riche, c’est bien connu, a trop de soucis pour s’occuper de choses matérielles aussi basses. Entre ce qu’il oublie de verser aux impôts (80 milliards par an) et ce qu’il oublie de verser aux Urssafs (20 milliards), il escroque, à l’insu de son plein gré nous affirme-t-il, la somme astronomique de… 100 milliards chaque année. Et, l’État, comme c’est ballot, ne met que de minuscule moyens pour les récupérer, ces 100 milliards. Il est tellement occupé à radier des chômeurs. Il ne peut tout faire.

PUS DE 2,2 MILLIONS DE MILLIONNAIRES

L’accumulation d’autant d’escroqueries, d’autant d’exploitation des salariés, d’autant de destruction de la nature (productivité oblige) a une conséquence : le nombre de millionnaires ne cesse d’augmenter. La barre de 2 200 000 millionnaires a été allégrement passée en France, faisant de notre pays la troisième réserve mondiale naturelle de cette espèce (après les États-Unis et le Japon).

Puisque ni la multiplication des cadeaux aux patrons ni les efforts des têtes pensantes de Pôle Emploi pour radier les chômeurs ne font baisser le chômage. Puisque rien ne marche, osons proposer une solution innovante, moderne. Le calcul est simple : moins de quatre millions de chômeurs, plus de deux millions de millionnaires. Il suffirait que les chômeurs, par paire, adoptent un millionnaire et s’installent confortablement chez lui pour que le problème soit, enfin, résolu.