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Les secrets de l’alchimie capitaliste enfin révélés

Publié le 27 novembre 2021

Oyez, oyez, bonnes gens ; voici la triste histoire d’un pauvre petit lac qui vivait paisiblement au milieu des bois dans le nord du département du Lot, espérant sans doute qu’il en irait encore ainsi durant quelques milliers d’années. Or, un beau jour, des marchands de vacances de rêve qui passaient par là, trouvant l’endroit fort joli se mirent à échafauder un tout autre avenir pour ce lieu de baignade populaire, familiale où l’on vient se reposer le dimanche des fatigues de la semaine.

« Sandaya », (admirez le nom exotique de l’entreprise, marchand de vacances de rêve) prit donc contact avec les autorités afin de leur soumettre son très mirifique projet  ; construction de 250 bungalows (selon d’autres versions : 400), aménagement de jeux aquatiques... fréquentation attendue entre 1200 et 1600 personnes par jour (adieu calme et tranquillité). Sans aucun état d’âme, alors que leur communication est fondée sur la promotion de l’image d’un département idyllique (O my Lot, si nature, si Lot) les « Zélus » ont dit banco, bingo, oui à l’installation d’un petit Palavas les Flots sur les rives du lac : prière de ne pas confondre les discours « écologisants » et le principe de réalité numéro un : le fric.

Au cours de tractations et de négociations dont le citoyen lambda ne saura jamais rien, les petits stratèges du Grand Figeac avec les autorités locales et régionales, ont donc bradé une bonne vingtaine d’hectares de bois et de terrains agricoles qui vont disparaître sous le béton et le bitume. On ne répétera jamais assez qu’au niveau national, tous les sept ans, c’est la surface d’un département qui s’artificialise. Ce petit projet inutile apporte donc sa quote-part à l’entreprise de destruction de la nature. Une histoire malheureusement brutale qui se répète un peu partout, mais dont la fin réserve parfois des surprises (en cas d’opposition de la population).

Mais là où l’histoire du petit lac qui n’avait rien demandé à personne gagne un peu de piquant, c’est par la teneur des propos (d’un cynisme absolu) échangés lors d’une réunion publique par les intervenants chargés de présenter le projet. Ces réunions publiques bénéficient, comme on l’imagine, de fort peu de publicité, ce qui fait que des gens désireux de venir troubler un entre-soi douillet n’en ont connaissance que trop tard. Selon ce qui nous a été rapporté, l’aimable émissaire de « Sandaya » n’a pas hésité une seconde à avouer à l’assemblée : « Pour nous, là où il y a de l’eau c’est de l’or ». Un aveu brut de décoffrage qui résume brillamment le triste programme de l’alchimie capitaliste qui transforme l’utile en inutile, le donné, le gratuit en marchandise. « Sandaya », bien plus fort que les alchimistes du Moyen Âge qui s’évertuaient en vain à transformer le plomb en or se propose donc de transformer l’eau en or.

Après cette brillante entrée en matière, un politicien local prend à son tour la parole et émet le vœu que l’implantation de ce merveilleux village de vacances (5 étoiles s’il vous plaît) élèvera certainement le niveau social des usagers du lac, actuellement trop populaire à son goût. Après l’exposé de la recette miracle de l’alchimie capitaliste, voici venir le temps de l’alchimie ségrégationniste. (les pauvres, vous êtes priés d’aller faire trempette ailleurs, laissez le lac aux « riches » (en fait il s’agira plutôt de demi-riches : les vrais riches ne louent pas de bungalows dans le Lot). Pour clore cette réunion déjà passablement chargée en messages d’une rare franchise, le mot de la fin revient, comme le veut la tradition à monsieur le maire du patelin voisin qui conclut son discours en affirmant qu’il était nécessaire de faire quelque chose « sinon, le pays n’appartiendrait plus qu’aux renards, aux chevreuils et aux blaireaux ». Sans impertinence aucune, on peut se demander si l’appropriation du pays par un certain nombre de blaireaux n’est pas déjà en cours...

Mais résumons l’argumentaire et les exhortations : les pauvres, cassez-vous, la faune sauvage, allez sauvager ailleurs, place aux vacanciers semi-riches, enfin, laissez ces braves gens de gagner leur pognon  !

L’argument de poids qui emporte toujours l’adhésion des « Zélus » quand une entreprise de ce genre se parachute dans un patelin, c’est que cela va créer de l’emploi  ! En l’occurrence, on sait pertinemment que ces villages de vacances obéissent au concept du « tout sur place », bar, restaurant, épicerie... autant d’occasions pour « Sandaya » de faire de la thune. Les retombées escomptées pour le commerce local sont minimes, les emplois créés sont précaires, la saison durant à peine deux mois. Les nuisances par contre dues à la circulation et à l’augmentation brutale de la population sont bien réelles  ; pour absorber les flux de voitures, il faudra vraisemblablement modifier l’infrastructure routière  ; le système de traitement des eaux sera aussi à adapter et tous ces travaux seront à la charge des communes et donc du contribuable.

Comme d’habitude les grands et petits projets d’intérêt publics sont portés à la connaissance du dit public quand tout est déjà ficelé, arrangé, vendu : c’est là, la marque de la démocratie représentative qui prétend garantir la liberté d’expression, mais qui prend bien soin de tout décider avant de consulter la population. Ce qui est beaucoup plus sûr, on en conviendra  ; la population n’ayant plus qu’à dire : amen, le risque qu’elle dise : ah, mais non  ! Étant ainsi très minimisé.

Ce petit projet inutile réunit donc toutes les caractéristiques de ce type d’opération censées dynamiser l’économie locale : une volonté affichée des promoteurs du projet de faire du fric, un mépris flagrant des décideurs politiques pour les populations locales qu’on ne consulte que lorsque l’affaire est dans le sac, une absence quasi complète de prise en compte des dégâts causés à l’environnement ainsi que du saccage du paysage, une semi-privatisation d’un espace public avec la bénédiction des soi-disant représentants du peuple.
Ce petit projet inutile réunit donc toutes les caractéristiques de ce type d’opération censées dynamiser l’économie locale : une volonté affichée des promoteurs du projet de faire du fric, un mépris flagrant des décideurs politiques pour les populations locales qu’on ne consulte que lorsque l’affaire est dans le sac, une absence quasi complète de prise en compte des dégâts causés à l’environnement ainsi que du saccage du paysage, une semi-privatisation d’un espace public avec la bénédiction des soi-disant représentants du peuple. Promoteurs et élus communient tous dans la croyance fanatique en la nécessité vitale du développement économique alors même que cette foi aveugle en un accroissement illimité du capitalisme est très sérieusement remise en cause par la sévère crise environnementale actuelle.

Ici un village de vacances 5 étoiles, ailleurs des zones commerciales ou industrielles, des entrepôts, des aménagements divers, partout le capitalisme dévore à belles dents les espaces naturels ou agricoles pour produire et faire circuler des marchandises : la dégradation des paysages n’a plus de limites, l’artificialisation des sols est en constante expansion. L’empire de la marchandise occupe littéralement le terrain, conquiert sans arrêt de nouvelles surfaces et transforme ce qui était beau en quelque chose de laid : magie de l’alchimie capitaliste  !

Les alchimistes des temps anciens s’évertuaient vainement à transformer le plomb en or, les alchimistes capitalistes contemporains tentent quant à eux de transformer tout ce qui leur tombe sous la main en marchandises et malheureusement force est de constater qu’ils y parviennent. Cependant, considérer la planète comme une simple pompe à fric présente un inconvénient majeur : à trop pomper, on finit par tarir la source. Le grand œuvre des apprentis sorciers du capitalisme arrive peu à peu à son terme : les ressources s’épuisent, le climat se dérègle et ce ne sont pas les grotesques « grands-messes » internationales qui pourront y remédier.

Mais pas de panique  ! Il y a un plan B ! Nos alchimistes, adeptes de la transformation tous azimuts, sont sur un super coup  ! Une planète de perdue, dix de retrouvées, si par un hasard malencontreux, la planète devait devenir vraiment invivable dans un avenir plus ou moins proche, on pourrait émigrer sur une autre, peut être pas vraiment habitable, mais qu’on transformerait en terre bis, donc totalement artificielle. Ça, c’est de l’alchimie  ! Petit inconvénient, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les pauvres ne pourront pas payer le voyage...

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