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Pain et liberté !

Publié le 18 octobre

Il nous a semblé intéressant de consacrer un dossier de ce numéro d’Anarchosyndicalisme à une série de luttes dans le secteur de la boulangerie qui se sont déroulées ou se déroulent encore actuellement. Ces luttes nous paraissent intéressantes parce que, au-delà de la distance qui les séparent, parfois plusieurs milliers de kilomètres et des contextes différents, elles sont les produits des mêmes causes : d’une part l’exploitation capitaliste dans son expression la plus basique, et d’autre part plus subtilement le fonctionnement hiérarchique où chacun doit rester sagement à sa place et où la parole de la direction ne saurait être contestée.

Ces 3 luttes -auxquelles nous pourrions ajouter une 4e suite à l’assistance juridique que nous avons apportée à des travailleuses de ce même secteur, mais qui s’est résolue sans conflit ouvert - obéissent toutes au même schéma : un patron, ou une gérante, qui abuse de ses salariés sans considération du respect des règles de travail élémentaires (horaires à rallonges, plannings épuisants, …) et sans leur payer ce qui leur est dû. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, cela démontre bien qu’il ne s’agit pas de cas isolés ou fortuit de quelques patrons abusifs, mais bien d’un système généralisé et systématique qui s’appelle l’exploitation capitaliste. Le fait que les mêmes faits se déroulent à Toulouse, Montreuil ou à Vienne en Autriche montre aussi que l’exploitation capitaliste ne connait pas de frontière et que, face à elle, il est important que ceux qui entendent lui résister et la combattre sachent tisser un réseau de solidarité.

Un autre fait intéressant est que 2 de ces luttes se déroulent au sein d’une association qui se revendique solidaire (« Patalevain » à Toulouse) et au sein d’une coopérative qui, elle, se déclare carrément anarchiste (« La conquête du pain » à Montreuil). Les associations sont censées être des structures non lucratives, mais dans la réalité, elles sont des entreprises comme les autres (ce que d’ailleurs explique bien Simon, le patron de « Patalevain » dans un billet sur le blog de sa boulangerie, reconnaissant d’une certaine façon une forme de délit de bien social …). Dès qu’une association devient de fait le gagne-pain de ses membres ou dirigeants, les grandes déclarations de principe ne résistent en général pas longtemps. Et cela est encore plus vrai dans les coopératives quand elles se mettent à employer des salariés, créant ainsi une hiérarchie de fait entre les coopérateurs, détenteurs du capital social, et les salariés qui sont assujettis aux coopérateurs.

Ces histoires sont aussi représentatives des luttes auxquelles nous avons été amenés à participer ces dernières années : des luttes d’ex-salariés, qui souhaitent récupérer leur droit après coup, en se basant sur le droit et un rapport de force extérieur qui parle de boycott, en espérant ainsi obtenir un règlement à l’amiable plutôt qu’une procédure juridique (le Conseil des Prud’hommes) à l’issue incertaine et toujours très longue. C’est alors la capacité des travailleurs en lutte et de ceux qui les soutiennent à établir et maintenir sur la durée un rapport de force, et donc à éventuellement établir des alliances pour élargir le cercle des soutiens qui est déterminante. Si la solidarité de la CNT-AIT avec d’autres anarchosyndicats ou sections de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs, dont la CNT-AIT est la section en France) est acquise par principe, et que celle avec des collectifs de travailleurs autonomes ne pose pas de question dès lors que les principes d’autonomie politique, d’égalité non hiérarchique et de fraternité solidaire sont mutuellement partagés, nous devons nous interroger sur notre participation en tant qu’organisation à des comités de soutien à des luttes dont nous ne sommes pas directement partis prenante et qui peuvent regrouper d’autres organisations, notamment politiques.

Même si les anarchosyndicalistes sont opposés par nature à toute collaboration avec des partis politiques ou leurs représentants, car comme le rappelle le texte fondateur de la CNT-AIT de 1946, l’anarchosyndicalisme « ne peut concourir à la poursuite des objectifs politiques affirmés par les partis et il ne peut lier son action à la leur. L’affirmation sans cesse plus nette des buts poursuivis par les autres confédérations syndicales et leurs partis oblige la CNT à répudier toute alliance avec ces forces sur le terrain révolutionnaire. », il n’en demeure pas moins que l’anarchosyndicalisme n’est pas coupé de la réalité et qu’en conséquence « la CNT ne peut unir ses efforts à ceux des autres confédérations syndicales que sur le terrain de l’action quotidienne. ». Aussi il nous semble légitime d’appuyer les luttes des salariés contre leur patron, non seulement quand les revendications sont légitimes et en accord avec nos principes, mais encore plus quand ces luttes reposent sur l’action directe c’est-à-dire l’action directement par les salariés sans tierce-partie (Prud’homme ou autre instance d’arbitrage). S’il arrive à la CNT-AIT d’assister des salariés au Conseil des Prud’hommes, c’est toujours pour nous le signe d’un renoncement temporaire à nos principes du fait d’une incapacité d’avoir pu construire un rapport de force direct suffisant.

Si, dans le cas de « La conquête du pain », ce rapport de force a permis aux 3 grévistes d’obtenir la victoire qu’ils souhaitaient, les luttes sont toujours en cours au « Firin » à Vienne et à « Patalevain » à Toulouse au moment où nous imprimons ce journal. Nous appelons par conséquent à la plus large solidarité pour que ces luttes aboutissent victorieusement.

Des militants de la CNT-AIT solidaires

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